Retraites: 14e jour de grève, nouvelles négociations à Matignon

PARIS, 18 décembre 2019 (AFP) – Au lendemain d’une troisième journée de manifestation contre la réforme des retraites et à trois jours des vacances de Noël, Edouard Philippe reçoit mercredi, avec le nouveau « M. Retraites », les syndicats pour tenter de trouver une sortie à la crise, sous la menace de nouveaux blocages dans les transports pendant les fêtes.

Le temps presse, d’autant plus que la grève se poursuit dans les transports en commun et se déplacer reste un défi mercredi, en particulier en Ile-de-France.

Alors que les bouchons se sont accumulés en matinée sur les routes franciliennes, à la RATP, le trafic reste « très perturbé », avec huit lignes de métro fermées et quatre partiellement ouvertes, uniquement aux heures de pointes. Côté RER, une rame sur deux circule sur la ligne A, une sur trois pour la B. Même situation à la SNCF, qui fait circuler un Transilien sur quatre, quatre TER sur dix et un TGV sur trois « en moyenne ».

Dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, le trafic des trains reste ainsi quasiment aussi perturbé que ces derniers jours.

François, qui habite Marseille mais enseigne à Nîmes, s’est résolu à faire de nouveau le trajet en voiture. « Depuis le premier jour de grève, le 5 décembre, je pars vers 04H00 du matin pour éviter les embouteillages et le soir j’arrive à la maison vers 21H30. Je commence à être fatigué », confie-t-il à l’AFP.

– Rendez-vous à Matignon –

Tous dans la rue mardi, les leaders syndicaux et patronaux seront reçus à Matignon mercredi. Ils ont rendez-vous, chacun leur tour, avec le Premier ministre à partir de 14H00. L’Unsa ouvrira le bal, suivi de la CGT, la CFTC, le Medef, la CFDT, la CPME, l’U2P, FO puis la CFE-CGC.

Le plus attendu, Laurent Berger, arrivera à 17H20, pour redire en face au Premier ministre Edouard Philippe son opposition à « l’âge d’équilibre » que le gouvernement veut fixer à 64 ans, avec un « bonus-malus » censé inciter chacun à travailler plus longtemps.

Une mesure à laquelle s’oppose aussi l’Unsa. Son secrétaire général, Laurent Escure, a averti mercredi matin sur RTL que « si le gouvernement s’entête » avec cette « mesure punitive », « il y aura des actions en janvier ».

Face à eux, ils auront également un nouveau « M. Retraites », nommé mardi soir: Laurent Pietraszewski, député LREM du Nord, remplace le haut-commissaire aux retraites démissionnaire Jean-Paul Delevoye, rattrapé par des révélations sur ses activités parallèles et mandats non déclarés. C’est quelqu’un « qui connaît bien le dossier », a commenté M. Escure. « Il n’y aura pas de rupture », a assuré M. Delevoye lors de la passation de pouvoir mercredi matin.

Après les partenaires sociaux, Edouard Philippe doit recevoir jeudi les dirigeants de la RATP et de la SNCF, qui a présenté son plan de transport pour le premier week-end des vacances.

La compagnie affirme qu’elle pourra transporter ce week-end tous les passagers ayant déjà réservé un billet TGV. Mais pour l’instant, tous les syndicats de cheminots, y compris la CFDT, refusent la « trêve » de Noël souhaitée par l’exécutif.

– Compromis –

Mardi les syndicats ont rassemblé dans la rue 615.000 manifestants dans tout le pays pour cette troisième mobilisation, selon le ministère de l’Intérieur. La CGT a revendiqué 1,8 million de participants.

La CGT, FO, la CFE-CGC, Solidaires et la FSU, qui réclament le retrait pur et simple du projet, ont lancé un « ultimatum » au gouvernement à l’issue d’une intersyndicale mardi soir, en décidant de nouvelles actions locales jeudi et jusqu’à la fin décembre. Sans trêve et en promettant « des suites » si le gouvernement ne répond pas « dans les heures qui viennent ».

« Plus ça traîne, plus je suis pessimiste » sur une issue au conflit, a confié le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez sur RMC/BFM TV. Ce dernier a d’ailleurs été interpellé par la ministre des Transports et de la Transition écologique Elisabeth Borne sur les coupures d’électricité survenues la veille à l’initiative de grévistes CGT, incitant Enedis et RTE à porter plainte.

Le Premier ministre a répété mardi sa « détermination totale » à mener la réforme promise par Emmanuel Macron et à créer le « système universel » de retraite par points censé remplacer les 42 régimes existants mais plusieurs membres du gouvernement ont donné des signes d’ouverture. « Évidemment nous sommes ouverts à bâtir un compromis », a dit la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye sur LCI.

Le Premier ministre « reçoit les organisations syndicales pour leur dire: pendant un an, discutons des conditions à réunir pour que nous soyons à l’équilibre en 2027 », a déclaré sur LCI Amélie de Montchalin.

M. Philippe a déjà prévu de revoir les partenaires sociaux « ensemble lors d’une multilatérale » jeudi à 16H00.

Un raout propice à d’ultimes compromis avant l’envoi au Conseil d’Etat d’une première mouture du projet de loi dont la présentation en Conseil des ministres est programmée le 22 janvier.

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