Retraites: à Grenoble, Macron et son gouvernement vilipendés pour leur manque « d’humanité »

GRENOBLE, 6 février 2020 (AFP) – « Ce gouvernement s’en prend à tout le monde, sauf aux riches! » : Grenoble a connu des défilés plus massifs contre les retraites, mais le ton était toujours aussi ferme jeudi parmi les manifestants, prompts à dénoncer la surdité et le manque d’humanité du président Macron et de son gouvernement.

Parmi les 3.500 opposants du jour (selon la CGT), un homme marche sans se presser, une pancarte nouée au cou avec de la ficelle de bricolage. « Macron, va voir ton opticien, tu en as bien besoin. Va voir aussi ton audio-prothésiste, il aura des appareils à te proposer pour régler tes problèmes d’audition… « 

Michel Bérard, 74 ans, en est l’auteur. Lui qui a travaillé pendant 30 ans dans le logement social, se dit « retraité actif » : soutien scolaire, cours de français à des migrants, garde de ses petits-enfants.

« J’ai fait toutes les manifestations pour les retraites. Toutes », martèle-t-il à l’AFP. « Ce n’est pas pour moi, j’ai une retraite de 1.700 EUR, je ne me plains pas. Après le loyer, il me reste 1.000 EUR. Mais les gens avec de petites retraites, comment font-ils pour vivre ? »

Il s’inquiète pour son fils, employé dans le bâtiment. « Il travaille sur les façades, mais jusqu’à 64 ans, ça va être dur-dur… ».

Par hasard, il croise sa voisine de palier Catherine, 61 ans, employée dans le secteur social. Pas hostile au « changement », elle bute quand-même sur cette réforme: « c’est pas clair, toujours pas clair ».

Dans le fond, « ce gouvernement me fait peur : par leur amateurisme, leur manque de diplomatie. Ils m’inquiètent… ». De sa voix douce, Catherine évoque « une tension sociale » : « vous ne le sentez pas ? Mais ça va exploser! Les +gilets jaunes+ avaient encore des choses à revendiquer, c’était les classes moyennes, mais les autres… »

Parmi ces autres, il y a cette amie « qui ne gagne que 700EUR par mois » alors Catherine ne se chauffe pas – « heureusement, l’hiver est doux » – et lui donne une partie de son salaire. « C’est ma participation, mais il faut des filets sociaux ! Sinon, on va créer une société agressive et à l’américaine, avec ses 50 millions de pauvres, de pauvres gens ».

– « Anticonstitutionnellement » –

C’est bien de modèle de société dont il est aussi question pour Anne Mizony, 46 ans, professeur de mathématiques à Voiron (Isère). Elle a prévenu ses lycéens par SMS qu’elle sera « gréviste encore aujourd’hui ». Contre la « destruction du principe de solidarité en France : tout est détricoté, un pan après l’autre ».

« Il faut arrêter de sabrer dans l’éducation, dans les hôpitaux. Ce gouvernement s’en prend à l’humain. A tout le monde quoi ! Sauf aux riches! », renchérit sa collègue Alix Vaudey, 50 ans.

Pour elle, « cette année, le ras-le-bol était général chez les profs », qui accumulent les réformes dont les E3C, les bas salaires, le manque de moyens. « La réforme des retraites, c’est le dernier coup de massue. On est tous à deux doigts de craquer ».

Sa voix s’éraille un peu, mais sa main ne lâche pas son écriteau : « Selon le Conseil d’Etat, le gouvernement agit ANTICONSTITUTIONNELLEMENT ». « J’ai toujours voulu le caser, ce mot », lâche-t-elle, en référence à l’avis sévère rendu par l’institution sur cette réforme le 24 janvier dernier.

Philippe Pappini, technicien d’exploitation chez Enedis à La Mure, estime lui que « le poids des retraites dans le PIB, ce n’est pas un problème pour les gens, mais pour les financiers ». Cette réforme va « appauvrir tout le monde, tout en créant de la peur et de l’incertitude », affirme le quinquagénaire.

Avec son collègue Franck Crémilleux, 49 ans, responsable technique, deux anciens de la maison protégés par le droit de grève, ils pensent que « beaucoup de gens sont contre ce projet, mais ne peuvent pas le dire, ne peuvent pas manifester. On vient aussi un peu à leur place ».

Sur un camion CGT, des « métallos » arboraient des bonnets phrygiens et des fourches, en référence à la Révolution française. Vizille, son berceau, n’est qu’à quelques kilomètres. « Macron, même si tu ne veux pas, on est là ». A bon entendeur.

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