Retraites: après l’âge d’équilibre à 64 ans, une borne à 65 ans?

PARIS, 28 janvier 2020 (AFP) – A quel âge pourra-t-on bénéficier d’une retraite à taux plein ? La question promet d’animer les débats sur la réforme des retraites, l’étude d’impact dévoilée vendredi par le gouvernement évoquant un « âge d’équilibre » à 65 ans, après des semaines de controverse autour d’un « âge pivot » à 64 ans.

Age de départ, âge d’équilibre… Que prévoit le projet de loi ?

L’âge légal de départ restera à 62 ans mais il faudra travailler au-delà pour toucher une retraite à taux plein.

Un « âge d’équilibre », également appelé « âge pivot », assorti d’un « mécanisme de bonus-malus », doit ainsi « inciter les Français à partir plus tard avec une meilleure pension ».

Le conseil d’administration de la future caisse universelle sera chargé de fixer cet âge et les « coefficients de majoration et de minorations » associés.

A défaut, ces décotes/surcotes seront de « 5 % par an » et l’âge d’équilibre « évoluera à raison des deux tiers des gains d’espérance de vie à la retraite constatés ».

Initialement, le gouvernement envisageait son entrée en vigueur dès 2022, pour le porter progressivement à 64 ans en 2027 pour la génération 1965.

Face à l’opposition des syndicats, cette « mesure de court terme » a été retirée du texte, une « conférence des financeurs » devant proposer d’ici fin avril d’autres moyens « d’atteindre l’équilibre financier ».

Pourquoi l’étude d’impact évoque-t-elle un âge d’équilibre à 65 ans ?

Ce texte analyse les conséquences de la réforme, par exemple sur le niveau des pensions en fonction des carrières. Pour permettre des projections et comparaisons, un âge d’équilibre est fixé « par défaut et à titre conventionnel » à 65 ans pour la génération 1975.

Cela « correspond à l’âge de départ au taux plein pour une personne ayant débuté son activité professionnelle à 22 ans, soit l’âge moyen de début de carrière aujourd’hui, et validant 43 années de cotisation sans interruption de carrière », durée exigée pour le taux plein en vertu de la loi Touraine en 2013, précise le texte.

« C’est une hypothèse de travail qui s’appuie sur la réalité constatée », a résumé le secrétaire d’Etat en charge des retraites, Laurent Pietraszweski, mardi sur BFM Business.

Va-t-on travailler plus longtemps ?

Reste que cette « hypothèse », supérieure d’un an à la borne initialement annoncée pour la génération 1965, semble en phase avec le principe d’un âge d’équilibre évoluant en fonction de l’espérance de vie.

Selon l’étude d’impact, cet âge doit ainsi augmenter « d’un mois par génération », et atteindre 65 ans et 10 mois pour la génération 1985, puis 66 ans et trois mois pour la génération 1990.

Conséquence pour les actifs ? « La moitié » d’entre eux ne « modifierait pas leur âge de départ », et « un cinquième partir(ait) plus tard », selon le gouvernement.

En revanche, « un tiers pourr(ait) partir plus tôt » que dans le système actuel, où certains, dont 20% des femmes, sont obligés de travailler jusqu’à 67 ans, âge d’annulation de la décote prévue en cas de durée de cotisation insuffisante.

Ceux qui pourront partir à 60 ans (carrières longue, pénibilité), à 57 ou 52 (policiers, pompiers, etc.) et même les militaires se verront appliquer un âge d’équilibre adapté en fonction de leur âge légal.

Pourquoi ça coince auprès des syndicats ?

« On n’était déjà pas d’accord avec l’âge pivot à 64 ans, alors 65, c’est pas possible », résume Pascale Coton, la négociatrice retraites de la CFTC.

« Le seul avantage de l’âge pivot à 64 ans, c’est qu’il permettait à tous ceux qui sont obligés de travailler jusqu’à 67 ans de partir plus tôt », rappelle-t-elle, fustigeant un dispositif qui obligerait à terme tout le monde « à aller jusqu’à 67 ans ».

Comme elle, le négociateur Unsa, Dominique Corona, est « totalement opposé » à ce que l’âge d’équilibre « soit lié à l’espérance de vie ».

Pour celui de la CFDT, Frédéric Sève, l’instauration d’une borne visant « à uniformiser les départs à la retraite » est « une mauvaise idée », l’âge de départ devant être « adapté aux carrières de chacun ».

Il espère que le conseil d’administration du futur système préférera d’autres leviers comme la « hausse des cotisations ».

« L’étude d’impact n’a pas force de loi mais ça brouille le message », reconnaît M. Sève.

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