Retraites: des centaines de milliers de personnes dans la rue à l’appel de tous les syndicats

PARIS, 17 décembre 2019 (AFP) – Des centaines de milliers de personnes ont manifesté mardi dans toute la France contre la réforme des retraites, à l’appel pour la première fois de l’ensemble des syndicats, d’ores et déjà invités à Matignon mercredi pour des discussions afin de trouver le chemin d’une sortie de crise avant Noël.

Plus de 360.000 manifestants ont défilé dans plus de 80 villes, selon un décompte provisoire de l’AFP réalisé à partir de chiffres communiqués par la police et les préfectures. Pour Paris seule, la CGT revendiquait 350.000 manifestants.

La journée est « un franc succès », s’est réjoui son leader, Philippe Martinez, estimant que « malgré les tentatives de division du gouvernement, la population reste mobilisée ».

Cheminots, enseignants, fonctionnaires, avocats, magistrats en grève, mais aussi des soignants qui réclament davantage de moyens pour l’hôpital: salariés du public et du privé ont gonflé les cortèges en cette nouvelle journée interprofessionnelle de protestation contre l’instauration d’un système universel de retraites par points.

« Ma détermination, celle du gouvernement, celle de l’ensemble de la majorité est totale » à mener à bien la réforme et à instaurer un système universel, a rappelé devant les députés le Premier ministre, Édouard Philippe.

A Paris, la manifestation est partie vers 14H00 de République vers Nation mais, en raison de l’affluence, les derniers n’ont pu quitter la place de la République que peu avant 17H00. « Services publics à l’agonie, Retraitez nous bien », ou « On révolte ceux que l’on saigne », pouvait-on lire sur les pancartes.

La CGT, FO, la CFE-CGC, Solidaires et la FSU, qui réclament le retrait pur et simple du projet, devaient se réunir en intersyndicale dans la soirée pour décider de la suite du mouvement.

Dans les mêmes cortèges mais derrière leurs propres banderoles, la CFDT, la CFTC et l’Unsa réclamaient une amélioration du projet de fusion des 42 régimes existants en un système universel. Ils demandent surtout le retrait de l' »âge d’équilibre » qui doit atteindre 64 ans en 2027 afin de favoriser l’équilibre des comptes grâce à un dispositif de bonus-malus.

Une mesure « terriblement injuste, qui va concerner d’abord ceux qui ont commencé à travailler tôt », a déclaré à Paris le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, qui a rapidement quitté les lieux, le service de presse de la CFDT expliquant à l’AFP ce départ par des « mouvements de foule ».

– « Faire bouger le gouvernement » –

Les cortèges étaient également nombreux en province avec par exemple 20.000 personnes à Marseille selon la préfecture, 200.000 selon les manifestants, ou encore entre 17.000 et 120.000 à Toulouse. Soit des chiffres supérieurs à la précédente mobilisation le 10 décembre, mais souvent en retrait par rapport à celle du 5. « Oui à la réforme des retraites… des sénateurs », proclamait une pancarte à Lille, tandis qu’à Dijon, une autre implorait: « à Noël, ma belle-mère ne pourra pas venir, grévistes tenez bon ! »

« Je ne sais pas si on va arriver à faire bouger le gouvernement, mais ce qui est sûr, c’est que si on n’est pas là il ne bougera pas », estime dans le défilé toulousain Aurélie, une auteure en arts visuels de 25 ans qui pointe les problèmes spécifiques liés au statut d’artistes: « on cotise pour tout mais sans ouverture de droits en dessous de 9.000 euros par an, ce qui fait que la retraite, je ne suis même pas sûre d’en avoir une ».

Pour le quatorzième jour de mobilisation mercredi, les prévisions sont en légère amélioration à la SNCF avec un TGV sur trois « en moyenne », un Transilien (RER SNCF, trains de banlieue) sur quatre en région parisienne, quatre TER sur 10 en régions. Le trafic restera « très perturbé » à la RATP avec notamment huit lignes de métro fermées.

Mardi, un tiers des cheminots (32,8%) étaient en grève, et 75,8% des conducteurs de trains, selon la direction de la SNCF, soit une forte hausse par rapport à lundi.

Pour le premier weekend des vacances, la SNCF a assuré mardi qu’elle serait en mesure de transporter tous les passagers ayant déjà réservé leur billet de TGV, avec des changements d’horaires dans la moitié des cas.

Une majorité de Français (62%) soutiennent le mouvement de grève selon un sondage Harris Interactive, mais 69% souhaiteraient une « trêve de Noël ».

« Cette trêve est indispensable, les Français ont besoin de se reposer », a relevé sur France Inter Agnès Buzyn, la ministre de la Santé, seule en charge du dossier après la démission lundi du haut-commissaire aux Retraites, Jean-Paul Delevoye.

Présent dans la manifestation parisienne, le leader de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, a renvoyé la balle au gouvernement, estimant que c’était à lui de « faire une trêve pour Noël ».

– Coupures d’électricité –

Des concertations doivent s’ouvrir mercredi à Matignon, où Édouard Philippe reçoit les organisations syndicales et patronales représentatives en bilatérales, avant une « multilatérale » jeudi.

Mardi, les actions prenaient aussi la forme de barrages filtrants, ports bloqués, tout comme les expéditions au départ de certaines raffineries, rassemblements de surveillants devant plusieurs prisons…

Près de 50.000 foyers ont par ailleurs été privés d’électricité en Gironde dans la nuit et 40.000 à Lyon dans la matinée, des actions revendiquées par la CGT du gestionnaire du réseau RTE.

Le mouvement touche également les établissements scolaires, avec 25,05% de grévistes dans le primaire et 23,32% dans le secondaire, selon le ministère (50% et 60% respectivement selon les syndicats).

La journée était aussi marquée par un mouvement des personnels hospitaliers. A Paris, une manifestation a eu lieu en fin de matinée pour « sauver l’hôpital ».

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