Retraites: des militants syndicaux se rebiffent

PARIS, 23 janvier 2020 (AFP) – Qu’ils soient à la CGT, à la CFDT ou à l’Unsa, des militants opposés à la réforme des retraites tentent de bousculer les stratégies des directions confédérales en imposant leur propre tempo dans la mobilisation.

« Le combat continue! », lance Mohamed Oubelaïd, délégué Unsa sur la ligne 7 du métro parisien.

Dans la mobilisation depuis le 5 décembre, l’Unsa RATP sera à nouveau en grève vendredi, en même temps que l’intersyndicale opposée à la réforme (CGT, FO, CFE-CGC, Solidaires FSU et trois organisations de jeunesse).

Or la direction nationale de l’Unsa n’appelle pas à se joindre à cette journée, pas plus que celle de la CFDT qui soutient la réforme du système universel des retraites par points.

« Tout là-haut, les directions donnent l’impression qu’elles ont déjà accepté la réforme, même (Philippe) Martinez », avance Mohamed Oubelaïd, interrogé par l’AFP. Il note que l’appel à mobilisation du 5 décembre est d’abord venu de syndicats RATP et pas des confédérations, « qui ne s’attendaient pas au succès de la mobilisation », entrée jeudi dans son 50e jour.

« Les mouvements que nous avons ne sont pas dus aux syndicats, ils sont dus à la base », abonde Raymond Soubie, ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy. « Les syndicats se sont mis sur le cheval de la contestation mais ce ne sont pas eux qui sont à l’origine de la contestation », insiste-t-il auprès de l’AFP.

Du côté de la CFDT aussi, des dents grincent quant à la stratégie de Laurent Berger, des militants ne comprenant pas son soutien à une réforme « néfaste ».

Des « cédétistes » ont donc participé à toutes les journées de manifestations pour réclamer son retrait.

Comme Christophe Cottais, ingénieur et délégué CFDT chez Technicolor.

« L’idée de la CFDT, c’est de négocier pour améliorer les choses mais, dans les faits, il n’y a pas vraiment d’amélioration », expliquait-il pendant la manifestation du 16 janvier, à Rennes. Dans sa section, « tout le monde est contre la réforme », selon lui.

– « Des journées plus rapprochées » –

« Je considère l’attitude de mon ex-syndicat comme une trahison et une allégeance au macronisme », écrivait mi-janvier dans un courrier destiné à la confédération Pierre Lortic, ex-salarié d’Air France. Pour cet ancien délégué CFDT, aujourd’hui retraité, la réforme sera « une spoliation d’un patrimoine collectif ».

Avec son épouse, Patricia, ancienne déléguée syndicale à l’Agence régionale de santé (ARS) Ile-de-France, il manifestera vendredi.

Ce n’est pas pour autant que le premier syndicat français perd des adhérents. Contrairement à 2003 quand il a soutenu une autre réforme décriée des retraites, assure Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT. « Des gens partent parce qu’il ne sont pas contents, d’autres arrivent », a-t-il affirmé lundi.

Au sein des syndicats au coeur de la mobilisation aussi, la base pousse les directions à muscler la mobilisation.

« Des militants souhaitent qu’on accélère le mouvement, avec des journées plus rapprochées, ce qui semble compliqué, car les gens tirent la langue », reconnaît Benoît Teste, secrétaire général de la FSU, principale fédération dans l’Éducation. Mais selon lui, il y a globalement « peu de critique de la base ».

Notant « un attentisme » dans le mouvement, M. Teste loue les actions « symboliques ».

Comme ces égoutiers venus prêter main forte mercredi à leurs collègues fonctionnaires devant Bercy en lançant leurs cuissardes et bleus de travail. Ou les coupures d’électricité, des « actions ciblées sur des points stratégiques » qui « ne visent pas les citoyens, même s’il peut y avoir quelques dégâts collatéraux », a relevé Philippe Martinez.

Le secrétaire général de la CGT ne voit aucun « débordement » de la base: « Si j’étais débordé, je resterais caché dans mon bureau », a-t-il fait valoir, avant de se rendre auprès de grévistes de la centrale nucléaire de Gravelines (Nord).

Mais la gêne est grande au sein des directions confédérales face aux intrusions au siège de la CFDT à Paris, dont une à l’initiative de syndicats CGT Énergie.

« Je pense que ce genre d’action n’aide pas », a réagi M. Martinez.

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