Retraites: des syndicats ragaillardis mais pas vainqueurs

PARIS, 6 décembre 2019 (AFP) – Les syndicats opposés à la future réforme des retraites ont réussi le pari d’une mobilisation massive, d’une ampleur jamais vue depuis 2010, mais rien n’est encore gagné: ils doivent arriver à maintenir leur action dans la durée, tout en restant unis face à un exécutif déterminé.

« On sait que même réussie, une journée ne suffit pas », a reconnu vendredi Yves Veyrier, le secrétaire général de Force ouvrière.

Une nouvelle journée interprofessionnelle de manifestations et de grèves a donc été fixée à mardi par la CGT, FO, la FSU, Solidaires et quatre organisations de jeunesse (Unef, Fidl, MNL et UNL), qui réclament le retrait du projet d’un système de retraite « universel » par points, promesse phare d’Emmanuel Macron.

D’ici à mardi, les leaders syndicaux appellent à ce que des grèves et manifestations se poursuivent. Le défi est là: arriver à maintenir une pression quotidienne et ne pas se limiter aux traditionnelles mobilisations « saute-mouton », ces appels ponctuels et espacés dans le temps.

« A force, les salariés s’épuisent et le gouvernement arrive à ses fins en faisant passer son projet », dit Jacques Borensztejn, secrétaire adjoint de l’union départementale FO Paris.

Tous ont en tête la protestation contre la loi travail en 2016 et sa quinzaine de journées interprofessionnelles. Et surtout 2010, année où dans une rare union, tous les syndicats, y compris la CFDT, sont arrivés à attirer jusqu’à 3,5 millions de personnes dans les rues contre un projet de report progressif de la retraite de 60 à 62 ans. Le texte sera malgré tout adopté par le Parlement.

Cette fois, contrairement à 2010, l’union n’est pas au rendez-vous, la CFDT, premier syndicat français, soutenant un système « universel » par points.

Et la CFE-CGC, bien qu’ayant participé à la manifestation parisienne jeudi, ne s’est pas associée au communiqué de l’intersyndicale vendredi appelant à la mobilisation le 10.

« On attend des annonces (du gouvernement) sur la méthode avant de penser à la suite », a expliqué Gérard Mardiné, du syndicat des cadres, sorti avant la fin de la réunion. Il semble peu probable que François Hommeril, le président de la confédération, très critique de la future réforme « dangereuse », batte à nouveau le pavé mardi à côté de Philippe Martinez et Yves Veyrier.

– « Forte détermination des syndicats » –

Guy Groux, chercheur au Centre de recherches politiques de Sciences Po (Cevipof), explique la mobilisation par un « mécontentement » général face à la politique de l’exécutif. Quant à la suite du mouvement, « on ne peut pas anticiper grand-chose, à part la forte détermination des syndicats. La balle est dans le camp du gouvernement ».

Relégués au second plan depuis le début du quinquennat par l’exécutif, dépassés depuis un an par la mobilisation des « gilets jaunes » ou de collectifs comme Inter-Urgences ou Inter-Hôpital, les syndicats ont reçu un bol d’air jeudi.

« C’était un succès pour les syndicats », note Guy Groux.

Or le contexte est compliqué pour les organisations depuis quelques années.

« Manuel Valls [Premier ministre du précédent quinquennat] et plus encore Emmanuel Macron ont mis à distance tous les corps intermédiaires et le mouvement syndical, y compris la CFDT. Ces derniers peuvent de moins en moins jouer leur rôle parce que l’espace qui permettait de s’affirmer comme défenseurs de l’intérêt général s’est contracté », soulignait l’historienne Danielle Tartakowsky dans une interview au Monde mercredi.

« Parallèlement, depuis quinze ans, ont émergé des contestations d’un nouveau genre. Disparates, elles ont en commun de s’approprier la rue hors des cadres habituels: les émeutes des banlieues en 2005, les ZAD, les bonnets rouges, le mouvement Nuit debout, et, bien sûr, les gilets jaunes », ajoutait la spécialiste, considérant la mobilisation de jeudi comme « l’héritière » de ces contestations.

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