Retraites: la CFDT avertit l’exécutif d’un risque d’échec de la réforme

PARIS, 7 février 2020 (AFP) – Favorable à un système universel de retraite à points et acteur-clé du dossier, la CFDT a averti vendredi l’exécutif que sa réforme serait « plantée » s’il ne satisfaisait pas notamment ses demandes sur la pénibilité, sujet qui doit être arbitré la semaine prochaine.

Si les revendications de la CFDT pour prendre en compte la pénibilité, mais aussi le financement du futur système n’étaient pas entendues, « on dirait que la réforme des retraites a été plantée par le gouvernement », a prévenu son secrétaire général Laurent Berger, sur BFMTV/RMC.

M. Berger a répété que le projet de loi ne lui convenait pas « dans sa rédaction actuelle » et réclamé « des éléments de justice sociale beaucoup plus forts » pour retrouver « la belle idée » d’un système universel, plus juste selon lui envers les femmes, les travailleurs précaires, les jeunes et les polypensionnés.

Ces déclarations interviennent alors que le gouvernement doit incessamment trancher, après des discussions bilatérales au ministère du Travail depuis plusieurs semaines, sur les « avancées sociales » réclamées par les syndicats.

Edouard Philippe réunira ainsi les organisations syndicales et patronales jeudi matin pour « faire un bilan des travaux engagés ces dernières semaines sur les questions de pénibilité, des pensions de retraite minimum, des départs progressifs à la retraite ainsi que des transitions des systèmes actuels vers le système universel », selon Matignon.

L’objectif est d’en inclure les conclusions par amendements lors de la première lecture de la réforme dans l’hémicycle à l’Assemblée, qui commence le 17 février.

Parallèlement aux discussions avec un gouvernement qui l’a longtemps ignoré, le syndicat rencontre également depuis plusieurs semaines de nombreux députés, notamment de la majorité, pour influer aussi par ce biais sur la réforme.

Plusieurs amendements en commission portés par l’aile gauche de LREM, le Modem mais aussi le PS, indiquent ainsi avoir été travaillés avec la CFDT, notamment sur une reconnaissance plus large de la pénibilité, un minimum de pension à 100% du Smic, une meilleure prise en compte des périodes de chômage, une majoration forfaitaire par enfant (et non pas calculée sur la rémunération), etc.

« La majorité peut nous aider à faire bouger les choses », reconnaît-on à la CFDT, d’autant plus dans un climat qui s’est tendu entre celle-ci et l’exécutif après les polémiques autour du congé de deuil parental.

– La CFDT jugera à la fin –

Point central pour Laurent Berger, « la reconnaissance de la pénibilité » sans laquelle « il n’y aura pas de réforme des retraites qui vaille ».

A défaut d’obtenir la réintégration dans le compte professionnel de prévention des critères supprimés en 2017 (ports de charges lourdes, postures pénibles et vibrations mécaniques notamment), la CFDT demande une « reconnaissance collective » des métiers exposés à ces risques.

Cette reconnaissance, qui permet des départs anticipés deux ans plus tôt, serait faite par les partenaires sociaux des branches ou par l’administration en cas d’absence d’accord.

Ces « avancées » sont un préalable pour la CFDT avant d’évoquer d’éventuels « efforts » dans le cadre de la conférence sur le financement, au sein de laquelle les partenaires sociaux doivent trouver, d’ici fin avril, les moyens de garantir l’équilibre budgétaire d’ici 2027.

Les travaux de cette instance installée par Edouard Philippe doivent démarrer le 18 février par une séance consacrée à la trajectoire financière et aux causes du déficit projeté, point central pour les syndicats, qui veulent qu’on ne regarde pas seulement les dépenses, mais aussi les recettes.

Les discussions risquent de se cristalliser rapidement autour d’une éventuelle mesure d’âge, que le gouvernement et le Medef jugent nécessaire pour revenir à l’équilibre.

« C’est au regard de tout ça que la CFDT, à la fin, se positionnera et dira ce qu’elle pense de cette réforme », a indiqué Laurent Berger. Celui-ci doit aussi tenir compte du fait que sa base n’a guère de confiance dans l’exécutif, certains militants participant même aux journées de protestation.

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