Retraites: la communication, autre bataille pour les députés

PARIS, 6 février 2020 (AFP) – Tweets et vidéos de députés en rafale côté oppositions, construction d’une « riposte » par la majorité: la bataille parlementaire sur les retraites se joue aussi sur le web.

Les groupes politiques, appuyés par les collaborateurs, rivalisent de créativité, entre « Nutriscore » de la réforme, « désintox », vignettes pédagogiques…

« Alerte: relayez. La direction de LREM vient d’imposer à la commission spéciale #retraites la division par deux du temps de parole des députés »: ce message du leader des insoumis Jean-Luc Mélenchon mardi soir sur Twitter a été relayé près de 4.000 fois.

Son groupe, à l’origine de 19.000 des 22.000 amendements déposés en commission sur la réforme, entend occuper tous les terrains: ses membres participent aux manifestations contre le projet gouvernemental, et se démultiplient sur les réseaux sociaux, où LFI a un écho particulier.

Les retraites, « c’est notre mobilisation centrale pour plusieurs mois », souligne Eric Coquerel, l’un des députés coordinateurs.

Emission de décryptage avec des syndicalistes, extraits de meetings et d’interventions des députés, bannières « tous concernés, tous mobilisés » et décors aux tons de rouge pour les profils en ligne ont été mis à disposition depuis décembre.

Et depuis lundi, il s’agit pour ces opposants de mettre les feux sur la commission spéciale. « Les insoumis mènent la lutte à l’Assemblée », proclament-ils dans un mini-documentaire sur YouTube.

Les députés socialistes ont eux lancé en début de semaine un site dédié, debat-retraites.fr, avec compte-rendu quotidien des échanges, entretiens « avec des intellectuels et des travailleurs », rubrique « Désintox » et encore lexique de la procédure parlementaire à la clé.

Un « nutriscore » de la réforme a été réalisé: notes E pour le « respect du débat parlementaire », D pour la « qualité de l’étude d’impact » accompagnant les projets de loi.

Les députés communistes tweetent aussi des vidéos de la commission spéciale, ou des bouts du texte gouvernemental barré de rouge comme une copie d’écolier.

– En quête de viralité –

La droite n’est pas en reste. Une cellule de veille a été mise en place au groupe LR, prête à retransmettre l’adoption des amendements ou les interventions fortes sur Facebook, Twitter et bientôt le réseau professionnel LinkedIn, pour des analyses plus pointues par profession.

La vidéo la semaine dernière du « happening » des députés LR ceints de leur écharpe, pour protester contre un « débat entravé », est une de leurs publications les plus populaires sur la page Facebook du groupe. Depuis décembre ils ont aussi leur site, preserver-les-retraites.com, où sont déroulés « projet contre projet ».

En face, les députés « marcheurs » promettent une « force de frappe », selon les mots de leur première vice-présidente Marie Lebec. « On doit encore éclairer des points pour les Français, et il faut valoriser les avancées », souligne à l’AFP la jeune élue, longtemps chargée du numérique.

Vidéos pédagogiques des rapporteurs et porte-parole, reprise des « lives » sur Facebook, où dans un décor assez sommaire, ces députés en pointe répondent aux questions des internautes, même les plus acerbes… « Les femmes vont y perdre, cessez votre petit jeu », interroge Kevin. « C’est une réforme pour les femmes, bien au contraire », répond la corapporteure Corinne Vignon, dans ce « live » mercredi, visionné 4.800 fois.

« NON, la réforme des retraites n’est pas un cadeau fait aux plus riches », « NON, la majorité ne prive pas l’opposition de prise de parole », martèlent aussi les « marcheurs » sur les réseaux, où ils tentent de se coordonner avec leurs alliés MoDem et Agir.

Marie Lebec et ses collègues se retroussent les manches pour relever le « défi ». Car souvent, « le message de la majorité est moins entendu que les critiques virulentes ».

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