Retraites: la grève des avocats « massivement suivie » selon le Conseil national des barreaux

PARIS, 6 janvier 2020 (AFP) – Renvoi d’audiences, suspension des désignations: de Lyon à Bayonne, les avocats ont « massivement » répondu à l’appel à durcir la grève contre la réforme des retraites pour se faire entendre du gouvernement, a assuré lundi le Conseil national des barreaux (CNB).

« La mobilisation est extrêmement forte. Partout, l’ordre de grève est voté à une très large majorité », a déclaré à l’AFP la présidente du CNB, Christiane Féral-Schuhl.

Vent debout contre la réforme et accusant le gouvernement de n’entendre « que les professions qui bloquent la France », le CNB, qui représente les 70.000 avocats français, avait promis des actions pour « désorganiser la mécanique judiciaire » à partir de lundi et pour une semaine, une grève qui pourra être reconduite.

Les avocats étaient appelés à demander le renvoi des audiences et à « cesser plus généralement toute activité judiciaire ». Il leur était également proposé l’arrêt des désignations d’avocats en matière d’aide juridictionnelle, pour les gardes à vue, les étrangers, les mineurs.

« Il n’y a pas de tribunal bloqué » physiquement, a souligné Mme Féral-Schuhl. Mais un peu partout « on cesse d’accompagner le justiciable, y compris sur le terrain du contentieux de la liberté », a-t-elle indiqué.

Chacun des 164 barreaux pouvait choisir son mode d’action. A Lyon, Dijon, Bordeaux, Bayonne, mais aussi en Corse, les avocats ont voté lors d’assemblées générales une « grève dure et totale » jusqu’à dimanche, selon des journalistes de l’AFP.

A Paris, où exercent 30.000 avocats, la grève n’a été votée que pour deux jours et le Conseil de l’ordre doit décider mardi après-midi de la suite du mouvement.

Mobilisés depuis septembre, les avocats sont déterminés à défendre leur régime autonome, qui s’appuie sur une « caisse qui s’auto-finance », a rappelé le CNB. Ils redoutent avec le projet de réforme « un doublement des cotisations à 28% et la baisse des pensions ».

« Les petits cabinets et les moyens ne pourront pas résister à un doublement des cotisations du régime général. Beaucoup devront mettre la clé sous la porte. Et cela reviendra à une baisse de l’accès au droit », a souligné à Lyon le bâtonnier Me Serge Deygas, lors d’un rassemblement devant le tribunal judiciaire.

« On nous a déclaré la guerre, il faut réagir. (…) Nous sommes présents, déterminés, nous irons jusqu’au bout », a lancé à Marseille le bâtonnier Me Yann Arnoux Pollak, devant 300 à 400 avocats en robe noire et arborant un rabat rouge en signe de colère.

Le ministère de la Justice a assuré que sa porte « (restait) ouverte ».

La présidente du CNB indique avoir été contactée dimanche soir par la garde des Sceaux Nicole Belloubet, mais « aucune date n’a été proposée », selon elle.

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