Retraites: lancer de bottes, crayons… Les fonctionnaires poursuivent leur bras de fer

PARIS, 22 janvier 2020 (AFP) – Les égoutiers ont prêté main forte mercredi à leurs collègues enseignants, agents des ministères et autres fonctionnaires, venus déposer leurs outils de travail devant le ministère des Finances à Paris à l’appel de cinq de leurs syndicats, ont constaté des journalistes de l’AFP.

Armés de crochets et en tenues de travail, une centaine d’égoutiers de la ville de Paris se sont rassemblés devant Bercy aux cris d' »égoutiers sacrifiés » et « Macron assassin », derrière une banderole sur laquelle on pouvait lire: « Nos vies valent plus que leurs profits ».

Ils ont lancé des cuissardes, bleus de travail, gilets fluorescents, plots de signalisation, casques et gants au pied d’un cercueil symbolique en carton noir, dans lequel se trouvait un mannequin masqué et sur lequel une petite pancarte indiquait: « 1870-2020, assassiné par l’État français pour le capital ».

Tandis que les pétards retentissaient et que des fumigènes blancs et rouges répandaient leur fumée âcre dans le froid glacial du parvis, une autre petite centaine d’agents publics et fonctionnaires ont répondu présent à l’appel de la CGT, FO, FSU, Solidaires et FA-FP, en déposant sur le tas de vêtements des codes de la fonction publique, manuels, crayons, cartouches d’encre et câbles d’ordinateurs.

« Après plus de 45 jours de grève, la mobilisation prend une nouvelle tournure. Avec cette réforme, ce sont des gens qui sont tout simplement sacrifiés. Nous, avec une espérance de vie inférieure de 17 ans à la moyenne, on mourra avant de pouvoir partir à la retraite », a affirmé à la presse Nicolas Joseph, égoutier à la ville de Paris et élu CGT.

Les égoutiers bénéficient actuellement d’un régime de retraite qui leur permet de partir en moyenne dix ans plus tôt que l’âge légal, après 32 annuités, au vu de la pénibilité de leur métier qui consiste à entretenir et nettoyer les canalisations d’assainissement et les ouvrages qui s’y rapportent (regards de branchements, siphons, etc.) sous la voirie et dans les stations de relèvement et de pompage. Ils sont exposés à des agents chimiques et microbiologiques.

« Avec la réforme, on aura une bonification de deux ans seulement, donc un départ à 62 ans », ajoute-t-il.

Le leader de la France insoumise Jean-Luc Mélenchon, venu « apporter (son) soutien » aux manifestants, a regretté « l’incompréhension typique du pouvoir concernant la question centrale de la pénibilité ».

En fin de matinée, les représentants de la CGT, FO, de la FSU et de Solidaires ont poursuivi parallèlement leur bras de fer avec leur secrétaire d’Etat Olivier Dussopt, lors d’un conseil commun de la fonction publique (instance représentative consultative) déjà reporté lundi en raison de son boycott par ces mêmes syndicats.

Parlant plus fort que M. Dussopt, Jean-Marc Canon (CGT, premier syndicat), l’a contraint à écouter jusqu’au bout une déclaration commune dénonçant le projet de réforme des retraites, une scène filmée et diffusée notamment sur le compte twitter de Solidaires FP.

Ces syndicats, qui dénoncent une « parodie de concertation », étaient arrivés à la réunion munis de pancartes dénonçant le projet de réforme. Ils l’ont ensuite quittée pour rejoindre les manifestants à l’extérieur du bâtiment.

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