Retraites: le patronat satisfait du « bon équilibre » de la réforme

PARIS, 11 décembre 2019 (AFP) – Un âge pivot à 64 ans pour équilibrer financièrement le système, un rôle donné aux partenaires sociaux et des garanties pour les indépendants: le patronat a délivré mercredi un satisfecit au projet de réforme des retraites dévoilé par le Premier ministre.

« C’est un bon équilibre entre une réforme qui est redistributive (…) et la nécessité que tout ça doit être financé par quelqu’un et donc qu’il faut, quand c’est possible, qu’on travaille plus longtemps », a résumé le président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux après l’intervention d’Édouard Philippe.

Avec les autres représentants du patronat, il était présent au Conseil économique, social et environnemental (Cese), pour écouter le Premier ministre détailler les contours de la réforme des retraites.

Depuis la publication du rapport de Jean-Paul Delevoye cet été à l’issue d’une longue phase de consultations, les entreprises affichaient une certaine impatience à voir le gouvernement clarifier ses intentions.

Le Premier ministre « a donné dans le détail la teneur de la réforme et c’était attendu depuis longtemps », s’est félicité Alain Griset, président de l’Union des entreprises de proximité (U2P).

Comme le président du Medef, il juge avoir eu « des réponses positives » aux propositions que l’U2P avait pu formuler, en particulier sur les carrières longues, la sécurité des réserves des régimes des professions libérales, ou encore la pension minimum de 1.000 euros qui concerne potentiellement beaucoup de commerçants.

Mais c’est surtout la confirmation qu’un allongement du temps de travail se profile via un âge d’équilibre de 64 ans en 2027 qui a rassuré les chefs d’entreprises, très attachés à l’équilibre financier du système de retraites, dont le déficit pourrait atteindre entre 7,9 et 17,2 milliards en 2025, selon le Conseil d’orientation des retraites.

« Le gouvernement redonne la main aux partenaires sociaux pour, dès l’année 2020, définir dans une gouvernance paritaire les paramètres d’équilibre, en prenant le temps qu’il faut mais en allant quand même vers une forme d’allongement de cotisation à définir entre nous. Nous, ça nous paraît le bon système », a estimé M. Roux de Bézieux.

« On a beau tourner autour du pot, on ne pourra pas s’en sortir sans qu’une majorité de Français partent plus tard que l’âge légal de retraite (…) ou alors il faudra baisser les pensions », a abondé auprès de l’AFP le président de la CPME François Asselin.

Il s’attend toutefois à des discussions compliquées avec les syndicats, totalement opposés à un allongement du temps de travail, et qui ont jugé qu’une « ligne rouge » avait été franchie.

– « principe de réalité » –

« C’est regrettable parce que c’est un principe de réalité dont il sera très compliqué de s’affranchir », a estimé M. Asselin, rappelant que la notion d’âge pivot « a déjà été acceptée par la CFDT » dans le cadre du régime complémentaire des cadres et salariés du privé, l’Agirc-Arrco.

Le patron de l’U2P se veut plus confiant, estimant justement que « cela fait des dizaines d’années que l’Agirc-Arrco montre que les partenaires sociaux savent prendre des décisions ».

Selon le patron de la CPME, « l’enjeu va être maintenant de déterminer les mesures incitatives pour rester en activité le plus longtemps possible », notamment via le bonus-malus évoqué par le Premier ministre.

Sur ce point, Edouard Philippe a aussi renvoyé les entreprises à leurs responsabilités, sur l’emploi des plus de 55 ans, via par exemple des départs progressifs à la retraite. « On ne peut pas demander aux gens de travailler un peu plus longtemps sans que nous, les entreprises, on fasse notre part du travail », a reconnu le patron du Medef.

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