Retraites: le Sénat critique la réforme, la majorité pointe la retraite… des sénateurs

PARIS, 17 décembre 2019 (AFP) – C’est une sorte de match dans le match: pendant que le Sénat, dominé par l’opposition de droite, critique le projet de réforme des retraites, la majorité réplique en pointant le régime de retraite « favorable » des sénateurs.

« C’est toujours désagréable quand on a un régime plus favorable de l’abandonner, sauf que c’est une survivance qui n’a aucun sens aujourd’hui », a attaqué mardi sur franceinfo Aurore Bergé, porte-parole de LREM, visant le régime autonome des sénateurs.

« Dans la réforme des retraites, l’histoire retiendra qu’il y a une grande part d’amateurisme dans ce gouvernement », accusait pratiquement au même moment sur RTL le chef de file des sénateurs LR Bruno Retailleau.

Les Républicains ont dévoilé la semaine dernière leur « contre-projet » de réforme, qui propose notamment de reporter de 62 à 65 ans l’âge de départ à la retraite.

Mais en marge du débat sur une réforme qui concerne l’ensemble des Français, se joue aussi celle de la retraite des sénateurs, longtemps très avantageuse.

« Le système universel s’appliquera aussi aux parlementaires – députés et sénateurs – ainsi qu’aux membres du Conseil économique social et environnemental », avait posé l’ex « M. Retraite » Jean-Paul Delevoye, dès juillet dernier.

« Le système sera le même pour tous les Français, sans exception. Ce sera notamment le cas pour le personnel politique », a réaffirmé la semaine dernière Edouard Philippe, soulignant que « les règles ont déjà beaucoup convergé », notamment pour les ministres et les députés. Depuis le 1er janvier 2018, le régime de retraite de ces derniers est ainsi aligné sur celui des fonctionnaires.

Qu’en est-il au Palais du Luxembourg ?

Il y a deux semaines, Le Canard Enchaîné citait un député LREM, Florian Bachelier, premier questeur de l’Assemblée, selon qui « le président Larcher gère depuis des années le régime de retraite le plus spécial et le plus rentable de France ».

« Les sénateurs ont-ils une retraite dorée ? Faux », semble lui répondre le site de fact-checking du Sénat « infox.sénat », en détaillant le système qui leur est appliqué.

Le régime de retraite des sénateurs est un régime autonome. Créé en 1905, il possède, comme celui des avocats, des « réserves » dues « à une bonne gestion ». Mais il a évolué au fil des différentes réformes passées.

La durée de cotisation et l’âge auquel les sénateurs peuvent prétendre au versement de leur pension sont ainsi calqués sur le régime général.

– 3.850 euros en moyenne –

« Nous devons être à la même aune que les Français », a affirmé la semaine dernière le président du Sénat Gérard Larcher (LR).

Il a confirmé devant le Bureau du Sénat, comme il s’y était déjà engagé en avril 2018, que le régime des sénateurs serait adapté, dès lors que la nouvelle réforme serait promulguée.

Des assurances répétées qui n’ont pas empêché Aurore Bergé de sonner la charge mardi, estimant que personne ne pourrait comprendre que le Sénat « s’exonère » d’une réforme dans laquelle des Français « feront des efforts ».

Selon M. Larcher, le financement du régime est aujourd’hui assuré pour « 12% » par les cotisations des sénateurs et pour « 31% par la cotisation employeur, à comparer aux 74% que l’Etat apporte pour les autres régimes ». Le reste est prélevé sur les revenus des actifs financiers de la caisse.

« Le Premier ministre a dit qu’il ne ferait pas de hold-up ou de main basse sur les caisses autonomes », a aussi souligné le président du Sénat.

« C’est un régime tout à fait transparent », assure encore le président du groupe centriste Hervé Marseille.

M. Larcher a avancé d’autres chiffres pour tenter de couper court aux critiques: « La moyenne nette (de la pension d’un sénateur, ndlr) c’est 3.850 euros, mais la retraite par exemple d’un ingénieur en chef de la RATP c’est 6.000 euros ».

Pour les députés, le montant moyen de la pension s’élève à 3.316 euros nets, selon les services de l’Assemblée.

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