Retraites: les syndicats « contestataires » motivés mais dépités

 PARIS, 14 janvier 2020 (AFP) – « Les militants sont très en colère »! : le « compromis » proposé par Édouard Philippe aux syndicats « réformistes » sur l’âge pivot à court terme irrite les syndicats opposés à la réforme des retraites, qui agitent un risque de radicalisation des troupes tout en réfléchissant à une porte de sortie.

Après 41 jours de mobilisation, la frustration est grande de voir Édouard Philippe, le Premier ministre, tendre la main à la CFDT sur l’âge pivot dans un courrier adressé samedi aux partenaires sociaux.

« Ce courrier contribue à radicaliser les positions », affirme à l’AFP François Hommeril, président de la CFE-CGC, qui réclame le retrait du projet de loi pour un système de retraite « universel » par points, avec la CGT, Force ouvrière, Solidaires et la FSU.

Le président des cadres, qui voit dans ce courrier « une manoeuvre grossière » du gouvernement pour ne pas répondre aux questions des syndicats, rappelle que le camp des opposants est majoritaire dans les secteurs public (58,3% des suffrages) et privé (54,57%).

« Les militants sont très en colère. Tout ce qu’ils voient dans ce courrier, c’est que le gouvernement parle avec des organisations qui ne sont pas dans la mobilisation », relève pour sa part Eric Beynel (Solidaires), qui évoque aussi un risque de radicalisation.

CFDT, CFTC et Unsa sont entrées dans la contestation le 11 décembre seulement, quand le Premier ministre a annoncé son intention d’intégrer cet âge pivot dans sa réforme.

« Quand on a fait grève aussi longtemps et que rien n’a été obtenu, on ne s’arrête pas comme ça. Les gens sont extrêmement motivés », assure M. Beynel à l’AFP.

Samedi, Édouard Philippe a accepté de « retirer du projet de loi » l’âge d’équilibre de 64 ans – en dessous duquel il ne serait plus possible de partir avec une retraite à taux plein – en 2027 si les partenaires sociaux aboutissent à un accord d’ici fin avril.

Un pas salué comme « une victoire » par Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT. Incompréhensible pour les syndicats « contestataires », qui attribuent ce « compromis » à leur mobilisation, démarrée le 5 décembre.

« Si on discute encore un certain nombre de choses, sur la pénibilité, sur les seniors ou sur les enseignants, c’est parce qu’il y a eu une mobilisation », a relevé mardi sur LCI Philippe Martinez, le secrétaire général de la CGT. « C’est pas parce qu’il y a eu discussions en bilatérales ou dans les couloirs ».

– « Retrait provisoire » –

Sur le fond aussi, grande incompréhension de la réaction de la CFDT. « Je leur rappelle (à la CFDT, NDLR) le très mauvais film qui s’est passé sur l’assurance chômage », a répété mardi Yves Veyrier, le secrétaire général de Force ouvrière.

Mardi, les syndicats contestataires ont appelé à une journée d’actions de même que mercredi et à une journée interprofessionnelle de mobilisation jeudi. Les grèves et manifestations devraient se poursuivre, au moins jusqu’au 24 janvier, date de présentation du texte en Conseil des ministres.

Et après? « On vit au jour le jour », admet M. Hommeril, pour qui l' »énervement » des militants est d’autant plus important qu’aucune issue n’apparaît à l’horizon.

Après avoir réclamé le retrait pur et simple du projet, il estime désormais que la « seule porte de sortie » serait « le retrait provisoire du projet de loi » pour qu’on « prenne le temps d’examiner les 5-10 gros problèmes posés, pour qu’on tombe sur un constat partagé ».

La réforme du système par points est « une décision politique » à laquelle la CFE-CGC ne veut pas s’opposer « par principe, de façon dogmatique »

Philippe Martinez aussi a dit mardi être « ouvert » à une discussion sur l’équilibre financier du système, mais pas dans le cadre « contraint » proposé par le Premier ministre, qui a déjà écarté une hausse des cotisations.

Si les numéros un de la CFDT et de l’Unsa ont salué le compromis avec Édouard Philippe, la base dans les transports n’est pas prête à lâcher le mouvement, avec des reconductions votées à la RATP notamment.

« Plus le mouvement est politisé, plus il dure – et ça c’est aussi la responsabilité du gouvernement -, plus il se radicalise et plus les individus dans ce mouvement peuvent se radicaliser », a relevé lundi Laurent Escure, le secrétaire général de l’Unsa. Il a invité l’exécutif à « trouver le moyen d’apaiser les choses pour que la qualité du dialogue social fonctionne autrement que par le rapport de force ».

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