Retraites: LFI et majorité se renvoient la balle sur un éventuel 49-3

PARIS, 23 février 2020 (AFP) – Le jeu du mistigri a commencé sur un possible recours au 49-3 pour faire adopter la réforme des retraites: la majorité accuse la gauche de la gauche de l’y « emmener » par l’obstruction, LFI affirme que les « marcheurs » le « préparent » en surjouant le « chaos ».

Personne ne veut porter le chapeau de l’usage de cet article de la Constitution qui permet de faire passer un texte sans vote à l’Assemblée. Mais au vu du blocage sur le projet visant à créer un système « universel » par points, alors que les députés en étaient toujours à l’article 1er au septième jour dimanche, le gouvernement pourrait dégainer rapidement cette « arme atomique ».

En attendant, le Premier ministre Edouard Philippe est passé à l’Assemblée dimanche à l’heure du dîner pour un moment « informel » et « convivial » avec les députés de la majorité, sans discours, ni annonce, selon plusieurs participants.

« C’était pour nous soutenir alors qu’on est là le week-end » et « prendre la température », a rapporté le député de Gironde Pascal Lavergne (LREM), qui n’a pas évoqué le 49-3 avec Edouard Philippe, venu en jeans et baskets.

« On voit bien que tout le monde s’emballe sur le 49-3 mais le Premier ministre tient sa ligne et dit qu’on n’a pas à subir la pression. Et que ceux qui mettent la pagaille devront subir la pression de s’expliquer devant l’opinion », dit-on dans l’entourage du Premier ministre.

« Cette majorité et ce gouvernement n’ont jamais souhaité utiliser le 49-3 et même encore aujourd’hui, nous ne souhaitons pas l’utiliser », a insisté dimanche sur BFMTV le ministre de l’Education Jean-Michel Blanquer. « Mais on a des gens qui essaient de saboter un débat et qui après vont se plaindre des conséquences du sabotage qu’ils ont fait », a-t-il ajouté, accusant La France Insoumise et le Parti Communiste d’être des « ennemis de la démocratie parlementaire ».

S’il fallait « défendre cette option » du 49-3 sur le terrain, « j’expliquerais la mécanique » des oppositions, pour qu' »on ne nous considère pas comme responsables », fait valoir la députée Marie Lebec, vice-présidente du groupe LREM.

Une poignée d’élus LREM de l’aile gauche ont fait savoir qu’ils ne « veulent pas » que le 49-3 soit considéré comme la « seule issue ». Et d’autres grincent des dents.

« Je ne suis pas fan du tout du 49-3. Il faut tout faire pour trouver une autre solution », a souligné dimanche l’ex-LREM Cédric Villani, dénonçant toutefois le « triste spectacle » de « l’obstruction systématique » qui « ridiculise le Parlement ».

Le patron du groupe MoDem, Patrick Mignola, a accusé les oppositions de vouloir « emmener » la majorité vers un « 49-3 à l’envers », c’est-à-dire contraint par l’obstruction, et non parce que la majorité ferait défaut.

Selon un ténor, LFI et PCF, avec leurs quelque 35.000 amendements, ont pour « stratégie » de « pousser le gouvernement au 49-3 » pour ensuite dire « +gouvernement fascistoïde+ ».

– « Tu pousses le bouchon, Maurice » –

De son côté, le chef de file des insoumis Jean-Luc Mélenchon estime que l' »ambiance assez spéciale » qui règne à l’Assemblée depuis le début des travaux lundi est justement due à « la menace du 49-3 ». Il a réclamé que le gouvernement s’engage à ne pas y recourir.

« Ils essayent de nous coller sur le dos le 49-3, c’est quand même le comble, c’est quand même pas nous qui décidons de ces choses-là », a-t-il lancé devant la presse. L’imputer aux insoumis, c’est « le pompon! »

Selon son collègue Adrien Quatennens, la majorité essaye « de créer un climat favorable à l’usage de ce LBD parlementaire ».

Quant au communiste Sébastien Jumel, il est convaincu que le gouvernement a « décidé d’y aller au forceps », en déclenchant « l’arme atomique » selon les mots du secrétaire national du PCF Fabien Roussel dimanche sur France 3.

Marine Le Pen (RN) reproche aussi, au gouvernement de vouloir passer en force au prix d’une « succession de mensonges très lourds ».

Côté LR, Guillaume Larrivé voit dans Jean-Luc Mélenchon « l’allié objectif » d’Emmanuel Macron. D’après Aurélien Pradié, « ils attendent patiemment que la machine puisse être bloquée pour activer le 49-3, ce qui serait dramatique ».

« Quand même, venir nous reprocher la volonté de l’obstruction, la volonté de refuser les débats… J’ai souvenir d’une publicité qui disait +Tu pousses le bouchon un peu loin Maurice+ et je pense qu’on en est là », a lancé samedi le ministre Marc Fesneau.

chl-jmt-adc/jk/ng