Retraites: l’offensive de l’aile droite de la Macronie réveille les clivages

 PARIS, 4 avril 2019 (AFP) – L’aile droite du gouvernement ne désarme pas sur les retraites: Gérald Darmanin et Bruno Le Maire ont relancé la polémique jeudi sur un possible report de l’âge de départ, critiqué jusque dans la majorité, avant les arbitrages pour sortir de la crise des « gilets jaunes ».

En 2017, le candidat Emmanuel Macron avait pourtant juré dans son programme qu' »il y aura toujours un âge légal de la retraite à partir duquel on pourra liquider ses droits » et qu' »il restera à 62 ans ».

Deux ans de mandat et une crise des « gilets jaunes » plus tard, la branche droite de sa majorité, généralement issue de LR, semble considérer la promesse caduque.

« Moi je suis venu soutenir le président de la République, et je crois que c’est le cas de Bruno Le Maire, je crois que c’est le cas de Sébastien Lecornu, je crois que c’est le cas d’Édouard Philippe évidemment, pour qu’on puisse réformer le pays tout en maintenant les comptes publics et en baissant les impôts », a lancé mercredi sur RTL le ministre des Comptes publics, Gérald Darmanin, réputé toujours très proche de son ancien mentor Nicolas Sarkozy.

« La question est posée. (…) Le président de la République, à la fin du grand débat, aura l’occasion d’apporter des réponses », a insisté le ministre, estimant que « toutes les sensibilités » devaient être « écoutées », alors que le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, déclarait au même moment que « le débat doit rester ouvert sur l’allongement de la durée du travail », sur BFMTV.

L’offensive, politique et médiatique, de ces piliers de la branche droite de la macronie, a brutalement réveillé les clivages gauche-droite chez les chantres du « en même temps ».

« Dans la période d’arbitrages intenses que nous vivons, la droite gouvernementale avance de façon d’autant plus décomplexée qu’il n’y a pas de contrepoids susceptible de se faire entendre au gouvernement », déplore un député LREM, selon qui « la majorité parlementaire n’est pas décidée à laisser les choses filer de cette façon ».

Le marcheur Olivier Véran, venu de la gauche et rapporteur général de la commission des Affaires sociales, a appelé chacun à « éviter de remettre des pièces dans la machine », alors que son collègue Guillaume Chiche, lui-aussi LREM ex-PS, s’est élevé contre « les postures idéologiques ».

Le patron de LREM, Stanislas Guerini, s’est voulu encore davantage clair, mercredi: « Notre engagement, c’est de faire la réforme systémique des retraites à périmètre constant sur l’âge de départ à la retraite ».

– « Double discours » ? –

Reste que, pour être largement entretenu, le flou demeure: mercredi, la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, a elle-même admis que toutes les solutions « étaient sur la table » pour financer notamment la dépendance.

Un « double discours », donc « impossible à tenir », selon la députée LREM Corinne Vignon, interrogée par L’Opinion.

L’expression a été immédiatement récusée par le Premier ministre. À un journaliste qui lui faisait observer jeudi matin que d’un côté, l’exécutif explique qu’on ne touchera pas à l’âge légal dans le cadre de la réforme Delevoye qui est en cours mais que, de l’autre, on ne l’exclut pas dans le cadre de la réforme de la dépendance », Édouard Philippe a répondu que la question était posée « de la meilleure des façons ».

« Je pourrais reprendre tous les mots que vous avez dits », a encore ajouté le chef du gouvernement.

Le sujet est devenu d’autant plus un casse-tête que M. Delevoye, haut-commissaire à la réforme des retraites, a, selon plusieurs sources, mis sa démission dans la balance sur cette question de l’âge de la retraite – « moi, il ne m’a menacé de rien du tout », a contesté Bruno Le Maire.

Dans ce jeu d’influences contrariées, la décision ne pourra désormais revenir qu’au président de la République, convient chacun.

Or, mercredi, lors d’un déplacement à Saint-Brieuc, Emmanuel Macron a fait observer qu' »on part aujourd’hui à la retraite à peu près au même âge qu’en 1980″. En laissant sous-entendre qu’il n’était pas illégitime de le considérer comme une incongruité.

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