Retraites: nuances dans la majorité face à la proposition de Laurent Berger

PARIS, 6 janvier 2020 (AFP) – « Très bonne proposition » ou risque de « repousser aux calendes grecques » la question du financement du système de retraites ? Membres du gouvernement et majorité ont accueilli avec plus ou moins d’enthousiasme la proposition de Laurent Berger (CFDT) d’une « conférence de financement ».

Le secrétaire général de la CFDT a de nouveau demandé dimanche le retrait de l’âge pivot à 64 ans, en dessous duquel il ne sera pas possible de partir avec une retraite à taux plein, présenté par le gouvernement comme une manière de garantir l’équilibre financier du système.

– Le ministre de l’Economie dit « banco »

« Il faut saisir la main qui a été tendue par le dirigeant de la CFDT », a jugé lundi Bruno Le Maire sur France Inter, en saluant « une très bonne proposition ». « Le compromis est à portée de main. Un peu de bonne volonté, et on va y arriver », a-t-il affirmé, en assurant que « jamais le compromis (sur la réforme) ne (lui) a semblé aussi proche ».

« Banco pour cette conférence », a-t-il insisté, même s’il a estimé que l’âge pivot, que Laurent Berger souhaite voir retiré du projet de réforme, est « une bonne solution », et s’il a appelé à « ne pas préjuger à l’avance des résultats de cette conférence », que M. Berger aimerait voir travailler jusqu’à fin juillet.

– « Bonne nouvelle » pour Marc Fesneau

Le ministre des Relations avec le Parlement se réjouit de constater, selon lui, une évolution de la position de M. Berger, qui début décembre considérait que la question du déficit du système n’était pas prioritaire et était de l' »épaisseur du trait ».

Cette proposition de conférence, que le gouvernement « regardera dans les jours qui viennent », « ça montre bien qu’il y a un sujet de financement », et le fait que Laurent Berger le reconnaît et appelle à « se remettre autour de la table pour en parler, c’est plutôt une bonne nouvelle », a-t-il estimé sur Sud Radio.

– Le poisson risque d’être noyé, selon Gilles Le Gendre

Le président du groupe LREM à l’Assemblée nationale a répondu « oui » à Laurent Berger si cette conférence « permet d’avancer » et « de bâtir cet accord politique que nous souhaitons » pour sortir du bras de fer entre gouvernement et syndicats qui dure depuis plus d’un mois.

Mais « si elle conduit à noyer le poisson, à faire en sorte qu’on repousse aux calendes grecques la question de la sécurisation financière, c’est non », a-t-il tranché sur LCI.

– Pas de chèque en blanc, prévient le patron de LREM

« On ne peut pas dire on verra plus tard », a clairement répondu Stanislas Guerini sur Europe 1. « Ce n’est pas possible de ne rien dire sur la question de l’équilibre de notre système de retraites. Sinon, on ment aux générations futures en disant qu’on va construire un système de retraites universel ».

« On ne peut pas signer un chèque en blanc. Avoir un système qui est équilibré, c’est le corollaire d’avoir un système qui est universel, équitable. »

L’engagement de la majorité, « c’est que nous présentions un projet de loi qui mentionne dès le début la notion d’équilibre financier à trouver », a abondé Laurent Saint-Martin, membre LREM de la commission des Finances, sur RFI.

– Richard Ferrand et la décote « temporaire »

S’exprimant avant Laurent Berger, qui appelle toujours au retrait de l’âge pivot de la réforme, le président de l’Assemblée nationale a souligné dimanche dans Le Parisien que le système complémentaire de l’Agirc-Arrco, à points avec un âge pivot de 65 ans et « une décote de trois ans, donc temporaire », peut être « sans doute une source d’inspiration ».

« Très bonne proposition », a réagi Bruno Le Maire, il faut la « regarder », selon Marc Fesneau.

C’est « une piste » parmi « d’autres », comme « une montée vers l’âge pivot » non « pas dès 2022 » mais qui « s’étale un peu plus dans le temps », selon Gilles Le Gendre, qui « ne croit guère » au « retrait pur et simple » de l’âge pivot du projet.

Avant cela, une vingtaine de députés, dont des élus LREM, avaient demandé dans une lettre ouverte à Edouard Philippe une modulation de l’âge d’équilibre suivant la pénibilité.

ggy-el/jk/tes