Retraites: Philippe annonce quelques « avancées », les syndicats restent sur leur faim

PARIS, 19 décembre 2019 (AFP) – Après deux jours de discussions à Matignon avec les partenaires sociaux, Edouard Philippe a affirmé jeudi que « des avancées sont actées » sur la réforme des retraites, mais les syndicats ont jugé ces « ouvertures » insuffisantes, qu’ils réclament le retrait de l »âge d’équilibre » ou du projet dans son ensemble.

Pour le Premier ministre, ce nouveau round de concertation n’a pas été vain. « Des avancées sont actées, des chantiers sont ouverts, des désaccords persistent mais nous avons la volonté de les surmonter », a-t-il déclaré à l’issue d’une table ronde de deux heures avec les leaders syndicaux et patronaux.

Il a ainsi promis une prise en compte « plus généreuse » de la pénibilité, en jouant sur les seuils du travail de nuit (110 nuits par an au lieu de 120 aujourd’hui) ou en « trois-huit » (30 nuits par an au lieu de 50).

Main tendue également sur la retraite progressive pour les fonctionnaires « à laquelle (il) souscrit totalement » et qui fera l’objet d’une concertation à part « dès le mois de janvier », de même que « l’aménagement des fins de carrière à l’hôpital ».

Sur la pension minimum, d’autres « améliorations » sont envisagées: d’une part pour « aller au-delà » des 85% du Smic déjà promis à ceux qui auront travaillé « toute leur vie », d’autre part pour « offrir cette protection aux travailleurs précaires, dont le temps partiel est bien souvent subi ».

Enfin, pour les régimes spéciaux, M. Philippe a évoqué un possible accord « dans les heures ou les jours qui viennent » à la SNCF afin de « favoriser la progressivité de la mise en oeuvre de la réforme », et affirmé que « le gouvernement en sera le garant ».

Il a aussi énuméré les échanges en cours à la RATP, le secteur de l’énergie, et promis que « le futur système universel reconnaîtra les spécificités » des marins.

– « Ca reste insuffisant » –

Autant de « nouveaux droits » auxquels « personne ne croira si nous ne disons pas comment nous les finançons », a nuancé le Premier ministre, défendant la création d’un « âge d’équilibre » en plus de l’âge légal de départ en retraite, avec un « bonus-malus » pour inciter chacun à travailler plus longtemps.

Cependant, « il y a des marges de manoeuvre » pour parvenir à l’équilibre financier, a-t-il ajouté, laissant la porte ouverte à d’autre options permettant notamment « d’individualiser davantage les trajectoires de départ à la retraite » et « d’éviter le caractère aveugle » d’une borne d’âge uniforme.

Le patronat a accueilli ces propositions favorablement, Geoffroy Roux de Bézieux (Medef) se disant « ouvert à discuter des modalités de l’âge d’équilibre » et François Asselin (CPME) considérant que ce dispositif serait « une mesure plutôt de bon sens ».

Mais pour les syndicats favorables à la réforme, le compte n’y est pas. La CFDT reste ainsi « fermement opposée à cet âge d’équilibre », a rappelé Laurent Berger, pour qui la « recherche de l’équilibre à court terme » est « un point dur ».

« Ca reste insuffisant », a résumé Cyril Chabanier (CFTC), à qui « l’âge d’équilibre ne convient pas », d’autant plus qu' »il y a d’autres moyens d’y arriver », comme l’utilisation du Fonds de réserve des retraites.

« L’équilibre doit se travailler », a insisté Laurent Escure, regrettant que le gouvernement n’accepte « pas de nouveaux critères » de pénibilité. Le secrétaire général de l’Unsa a néanmoins indiqué que sa fédération cheminote avait décidé d’une « pause pour les vacances » après deux semaines de grève dans les transports.

Philippe Martinez (CGT), lui, a au contraire affirmé que « la grève n’est pas levée pendant les fêtes » et annoncé une nouvelle journée de mobilisation interprofessionnelle le 9 janvier contre une réforme qu’il « ne partage pas ».

Un appel lancé conjointement avec Yves Veyrier (FO), qui considère que « c’est au gouvernement d’appuyer sur le bouton stop » et de « mettre de côté cette très mauvaise idée » de système universel à points.

Un « mauvais projet », à la fois « inutile » et « dangereux », a renchéri François Hommeril (CFE-CGC), qui va lui aussi « peut-être appeler au 9 janvier ».

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