Retraites: Philippe demande aux députés LREM de « tenir » et prendra ses « responsabilités »

PARIS, 25 février 2020 (AFP) – Le Premier ministre a demandé mardi aux députés LREM de « tenir encore » face à « l’obstruction » de la gauche de la gauche sur la réforme des retraites, tout en assurant que si besoin, il prendra ses « responsabilités » en recourant au 49-3, selon des propos rapportés.

« Quand il faut prendre mes responsabilités, je n’ai pas pris l’habitude de me défausser. (…) Le 49-3 est une responsabilité du Premier ministre. Si je considère que c’est comme cela qu’il faut avancer, je prendrai mes responsabilités », a déclaré Edouard Philippe lors de la réunion à huis clos du groupe majoritaire.

« Notre objectif » est d' »adopter la réforme avant l’été », a-t-il rappelé, soulignant qu’à cette fin, une adoption en première lecture est nécessaire en mars à l’Assemblée nationale.

L’article 49-3 de la Constitution permet au Premier ministre d’engager la responsabilité du gouvernement devant l’Assemblée nationale sur un texte de loi, pour le faire adopter sans vote.

« Je n’ai jamais critiqué son utilisation. Je suis à l’aise avec la Constitution (…), pas dans une querelle ontologique », a ajouté le chef du gouvernement.

Mais « nous avons besoin que vous teniez encore, que vous continuiez à être dans la discussion, pour une raison simple: je trouve compliqué et difficilement compréhensible pour l’opinion de prendre acte trop tôt », a poursuivi M. Philippe, toujours selon un participant. « J’ai besoin que pendant quelques jours vous montriez le même degré de présence, d’implication, qui a prévalu jusqu’à présent », a-t-il ajouté, suscitant l’approbation de la plupart des présents.

« L’obstruction », « vous la vivez, la subissez », a-t-il lancé aux « marcheurs », estimant le climat à l' »enlisement ». « On voit un temps infini passé à examiner des amendements dérisoires. Ça pourrait être comique, si ça n’était pas tragique », et il y aura certainement un « impact sur la façon dont est perçu le parlementarisme » par les Français, selon lui.

Le ministre chargé des Relations avec le Parlement Marc Fesneau a insisté à son tour sur « la tactique de harcèlement démocratique que mettent en oeuvre les oppositions », invitant les élus à prendre « du recul ».

Plusieurs groupes d’opposition ont réaffirmé lors de leur point de presse hebdomadaire leur hostilité au 49-3.

« C’est une violence faite au Parlement, à la démocratie. Si le gouvernement décide de l’utiliser, tout le monde a bien compris que c’est une marque d’infamie qui sera apposée au bas de la réforme », a jugé le communiste Pierre Dharréville.

Boris Vallaud, porte-parole des députés PS, s’est dit « non seulement contre le 49-3 » mais pour que le gouvernement « revienne avec sa réforme quand il sera prêt ».

« Si le gouvernement utilise le 49-3, ce sera parce que le débat est devenu impossible », a estimé le président du groupe UDI-Agir Jean-Christophe Lagarde.

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