Retraites: plus d’un cheminot sur deux en grève à la SNCF

PARIS, 5 décembre 2019 (AFP) – Plus d’un cheminot sur deux étaient en grève jeudi matin à la SNCF, selon la direction, qui a annoncé un taux global de grévistes de 55,6%, avec 85,7% des conducteurs et 73,3% des contrôleurs mobilisés contre la réforme des retraites.

Parmi les personnels indispensables à la circulation des trains, il y avait aussi 57% des aiguilleurs en grève, selon le décompte des salariés présents ou absents devant travailler jeudi matin dans chacun des 400 établissements ou unités de la SNCF en France, précise la direction dans un communiqué.

Côté trafic, la grève a entraîné l’annulation de 90% des TGV et 80% des TER.

« C’est une mobilisation très forte qui traduit le fort mécontentement des cheminots sur la réforme des retraites et sur la réforme ferroviaire (votée en 2018, ndlr). La reconduction (pour vendredi) est unanime dans les assemblées générales », a déclaré à l’AFP Laurent Brun, secrétaire général de la CGT-Cheminots, premier syndicat de la SNCF qui a appelé à une grève illimitée avec l’Unsa ferroviaire et SUD-Rail contre la réforme des retraites et le maintien du régime spécial des cheminots.

Et « les chiffres de la direction sont incomplets car pris à 08H00 ce (jeudi) matin. Nous avons le chiffre (global) de 61,4% (de grévistes) en incluant les prises de service de midi », a précisé M. Brun.

Lors de la grève du printemps 2018 à la SNCF, contre la réforme ferroviaire, le taux global de grévistes le plus élevé annoncé par la direction avait été de 33,9% le 3 avril, premier jour du mouvement. Il y avait eu jusqu’à 35,4% de grévistes le 22 mars 2018, lors de la journée nationale de mobilisation qui avait précédé les trois mois de grève par épisodes de deux jours.

« Au-delà des chiffres » de la direction, « qui seront toujours discutables, la vérité » est donnée jeudi par « le nombre de trains en circulation, soit un trafic quasi nul », a souligné Didier Mathis, secrétaire générale de l’Unsa ferroviaire (2e syndicat), « très satisfait de la mobilisation des cheminots ».

– Un conflit « potentiellement durable » –

Pour SUD-Rail (3e syndicat), c’est « une mobilisation historique ». Selon Erik Meyer, secrétaire fédéral, les informations en provenance des « 150 assemblées générales du territoire montrent que les cheminots sont motivés et que les reconductions sont unanimes avec un seul mot d’ordre: +retrait du projet de système à points+ ».

La CFDT-Cheminots (4e syndicat), qui n’a appelé que tardivement à la grève en espérant des engagements de l’exécutif pour le maintien du régime spécial de retraite des salariés sous statut de cheminot, « regrette que le gouvernement n’ait pas entendu les signaux » que le syndicat « lui avait envoyés sur un mouvement extrêmement important ».

« Nous attendons toujours les propositions du gouvernement », mais « il sera difficile d’apaiser ce conflit fort et potentiellement durable », a déclaré Sébastien Mariani, secrétaire adjoint de la CFDT-Cheminots, organisation favorable à un système de retraite universel.

Lors des 36 jours de la grève par épisode de 2018, la plus forte mobilisation chez les conducteurs avait été enregistrée le 3 avril avec 77% de grévistes, tandis que la plus haute avait été atteinte le 4 avril chez les contrôleurs, avec 77%, et les aiguilleurs, à 46%.

A l’occasion d’une mobilisation contre une réforme des régimes spéciaux de retraite, le 18 octobre 2007, la SNCF avait annoncé un taux global de grévistes de 73,5%. Et pendant la grande grève de 1995, contre la réforme Juppé des retraites, le taux le plus élevé avait atteint 67% sur plus de trois semaines de mobilisation.

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