Retraites: Pomme de discorde de la réforme, l’équilibre financier du système fait débat

PARIS, 13 décembre 2019 (AFP) – Au centre du bras de fer entre gouvernement et syndicats sur la réforme des retraites, la question de l’équilibre financier du système grâce à un allongement de la durée du travail fait débat.

Que dit le Conseil d’orientation des retraites ?

Selon le rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR) du 21 novembre, le déficit du système de retraite devrait s’établir entre 7,9 milliards et 17,2 milliards d’ici 2025. Rapporté au PIB, la part des dépenses de retraite (13,8% en 2018) resterait stable jusqu’en 2030.

Mais ce déficit « n’implique pas nécessairement pour tous les membres du COR que celui-ci doive être résorbé à cette échéance par des mesures d’économie ».

Durant la campagne présidentielle, le candidat Macron avait dit que « le problème des retraites (n’était) plus financier » sur la foi de projections optimistes du COR à l’époque. Mais celles-ci se sont dégradées en juin 2017 après son élection.

Les prévisions négatives étaient en revanche connues dès le départ des acteurs de la concertation menée par Jean-Paul Delevoye, mais la question de mesures d’économies (et de l’allongement de la durée du travail) n’a été abordée qu’en mars, initialement pour financer la prise en charge de la dépendance.

Ceux qui contestent la nécessité d’une réforme financière

– CFDT : Laurent Berger n’a cessé de répéter qu’il n' »y avait pas besoin d’élement de réforme financier » et que son syndicat s’opposerait à « toute mesure visant à allonger la durée du travail ». Selon lui, pas besoin d’aller au-delà de réforme Touraine de 2013, qui prévoit un passage à 43 ans de cotisation en 2035.

– PS, Olivier Faure: « Nous n’avons pas de problème de pérennité du système de retraite, pas de problème de financement. En 2024, la caisse d’amortissement de la dette sociale aura fini de rembourser ce fameux +trou de la Sécu+. Et donc il y a 24 milliards qui seront disponibles tous les ans à compter de cette date ». « Le déficit » invoqué est lié à la non compensation des exonérations de cotisations sociales ou la réforme de l’assurance chômage qui fait que « l’Unédic versera moins aux retraites », dénonce Boris Vallaud.

– RN: Le mouvement de Marine Le Pen conteste que le système de retraite soit en « faillite » et plaide pour un départ à 60 ans, financé par la création d’emplois mais aussi la natalité ou la réduction des dépenses liées à l’immigration.

Ceux qui défendent la nécessité de travailler plus longtemps

– Gouvernement: le Premier ministre a rappelé son attachement à la solidarité intergénérationnelle tout en soulignant qu’il n’y avait plus aujourd’hui qu’1,7 actif pour financer un retraité, contre 4 en 1950. « Pour garantir les pensions, financer un niveau élevé de solidarité (…) la seule solution c’est de travailler un peu plus longtemps », a-t-il défendu évoquant l’instauration d’un « âge d’équilibre de 64 ans ».

– LR: Le parti de droite a présenté jeudi son contre-projet qui propose l’idée de « repousser l’âge du départ à la retraite d’un trimestre par an pendant 12 ans » jusqu’à 65 ans.

– Medef: « Il y a un problème d’équilibre qui n’est pas l’épaisseur du trait. Il y a trois solutions pour le résoudre: augmenter les cotisations pour les salariés et les employeurs, ce n’est pas possible. Baisser les retraites, c’est inacceptable. La troisième, qui est la bonne, c’est de faire travailler plus longtemps », souligne son président Geoffroy Roux de Bézieux.

Ceux qui proposent un autre financement

– CGT: Pour Philippe Martinez (CGT), il suffirait « de réduire le chômage et de passer quelques femmes du temps partiel aux 35 heures » pour réduire le déficit. Ou encore d’augmenter les salaires pour augmenter de fait les cotisations des salariés, d’aligner les salaires des femmes sur ceux des hommes ou encore de « reprendre les exonérations de cotisations dont bénéficient un certain nombre d’employeurs » et qui représentent « 20 milliards ».

– Force ouvrière est sur la même ligne.

– PCF: le parti prône un système « unifié par le haut », financé par « une modulation des cotisations » des entreprises en fonction d’objectifs écologiques et sociaux qui permettrait de lever 50 à 70 milliards d’euros en cinq ans. Pour pérenniser le système par répartition, il propose de porter à 17% du PIB (contre 14%) la part de richesse consacrée aux retraites et demande une taxation à 10,45% des revenus financiers.

– LFI: Les insoumis proposent d’augmenter la part du PIB consacré aux retraites et d’augmenter les salaires, notamment le SMIC, pour « accroître les cotisations ».

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