Réunion à Matignon sur la Guyane, où la mobilisation se durcit

CAYENNE, 3 avril 2017 (AFP) – Le Premier ministre Bernard Cazeneuve préside lundi après-midi une réunion rassemblant une bonne partie du gouvernement sur la situation en Guyane, où la mobilisation se durcit après l’échec des négociations pour trouver une issue au mouvement social qui bloque depuis deux semaines le département d’outre-mer.

 

La réunion, annoncée par Matignon lundi matin, a débuté vers 15H30 avec les deux ministres de retour de mission en Guyane, Ericka Bareigts (Outre-mer) et Mathias Fekl (Intérieur), a constaté un journaliste de l’AFP.

Y participent également dix autres ministres ou secrétaires d’Etat, à un moment où M. Cazeneuve veut donner l’image d’un gouvernement mobilisé sur le dossier guyanais, à moins de trois semaines du premier tour de la présidentielle: Najat Vallaud-Belkacem (Education), Marisol Touraine (Affaires sociales et Santé), Jean-Jacques Urvoas (Justice), Jean-Michel Baylet (Aménagement du territoire), Stéphane Le Foll (Agriculture), Patrick Kanner (Ville), Emmanuel Cosse (Logement) Laurence Rossignol (Familles) et les secrétaires d’Etat Christian Eckert (Budget) et Alain Vidalies (Transports).

Le Premier ministre doit s’exprimer à l’issue de la réunion, alors que le gouvernement compte maintenir son plan d’urgence de 1,085 milliard d’euros annoncé samedi, quand les leaders du mouvement demandent plus du double.

A Cayenne, le collectif « Pou La Gwiyann dékolé » (Pour que la Guyane décolle), qui regroupe l’ensemble des mouvements protestataires, a annoncé un durcissement de la mobilisation. Il a notamment demandé aux magasins de rester fermés lundi dans le cadre d’une « opération ville-morte », a expliqué à l’AFP une de ses communicantes, Florence Adjodha.

« On rentre dans un rapport de force avec l’Etat. La ministre des Outre-mer étant partie, il faut que l’Etat se rende compte que le peuple guyanais ne se démobilise pas », a-t-elle lancé.

« Demain, tous les barrages seront fermés », avait affirmé dimanche Olivier Goudet, un cadre du mouvement, par ailleurs porte-parole du groupe des « 500 frères contre le délinquance », en pointe dans les protestations.

Juste avant cela, il avait exigé 2,5 milliards d’euros « tout de suite » pour le développement du territoire, refusant le plan d’urgence de plus d’un milliard d’euros du gouvernement.

La ministre des Outre-mer « fait comme si elle ne savait pas que nous avons 50 ans de retard, qu’on subit, que nous voyons de la misère dans notre pays. Nous allons lui montrer », s’était encore exclamé M. Goudet, qui s’était adressé depuis le perron de la préfecture de Guyane, où Mme Barreigts accueillait la délégation de Guyanais, à une foule enthousiaste.

– ‘Pas assez’ –

Ericka Bareigts, peu avant de quitter la Guyane dimanche soir, les avait auparavant exhortés à rapidement « graver dans le marbre le travail » engrangé « ensemble » après la présentation d’un document en cinq points.

Ce plan « répond aux préoccupations prioritaires exprimées par les différentes parties prenantes regroupées en collectifs, notamment en ce qui concerne l’éducation, la sécurité, la santé ou la commande publique », selon un communiqué de la ministre.

Des accords sectoriels ont également été conclus notamment sur « l’économie », « l’agriculture », « le BTP », « les activités minières » ou encore « les communautés amérindiennes et bushinengue », selon la ministre des Outre-mer.

« C’est pas mal, mais ce n’est pas encore assez », a commenté Mickaël Mansé, autre porte-parole des « 500 frères ».

Et d’affirmer que la fusée Ariane 5 restera au sol tant que la Guyane ne décollera pas ». Une manifestation massive a été annoncée mardi à 9H00 (14H00 à Paris) à Kourou, près du site de lancement des fusées Ariane. Air France a annulé son vol direct de lundi de Paris pour la Guyane.

« Pou La Gwiyann dékolé », qui regroupe les mouvements protestataires, avait aussi demandé samedi « un statut particulier pour la Guyane ». Davy Rimane, un membre de la délégation, avait affiché la volonté de se débarrasser d’un lien « trop centralisé et vertical avec Paris », qui empêche la Guyane « d’avancer ». En 2010, un référendum sur l’autonomie de la Guyane avait débouché sur une large victoire du « non ».

Le mouvement social d’ampleur inédite que connaît ce vaste territoire d’Amérique du Sud (83.000 km2) situé à 7.000 km de Paris, est basé sur des revendications sécuritaires, économiques et sociales, ainsi que sur la méfiance face à l’Etat, accusé de sous-investissement depuis des décennies.

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