Réunion décisive chez EDF sur le projet nucléaire controversé Hinkley Point

PARIS, 28 juillet 2016 (AFP) – EDF réunit jeudi un conseil d’administration décisif pour l’avenir de son méga-projet de centrale nucléaire à Hinkley Point, en Angleterre, un chantier très controversé de 18 milliards de livres (21,5 milliards d’euros) qui a poussé un administrateur inquiet à démissionner.

C’est le deuxième départ fracassant au sein d’EDF lié à Hinkley Point, après celui début mars du directeur financier Thomas Piquemal qui, comme les syndicats, jugeait ce chantier irréalisable à court terme, en raison des risques financiers et industriels.

« Étant administrateur proposé par l’État actionnaire, je ne souhaite pas cautionner plus longtemps une stratégie que je ne partage pas », explique l’administrateur Gérard Magnin dans sa lettre de démission. Il déplore également la stratégie résolument pro-atome d’EDF, au détriment de la transition énergétique.

Le conseil d’administration (CA), désormais ramené à 17 membres, est réuni depuis 14H30. Il doit statuer sur la décision finale d’investissement qui autorise le PDG Jean-Bernard Lévy à signer les principaux contrats qui lieront EDF au gouvernement britannique, à son partenaire chinois CGN et à leurs fournisseurs. Cette étape marquerait le lancement effectif de la construction des deux réacteurs EPR projetés à Hinkley Point, qui doivent entrer en service à partir de 2025.

– Accord sur RTE –

La réunion pourrait toutefois s’étendre jusqu’en soirée, d’autres points figurant à l’ordre du jour : l’ouverture du capital de la filiale autonome RTE, les indemnisations liées à la fermeture de Fessenheim et la reprise de l’activité réacteurs d’Areva.

Selon Le Monde et Les Échos, EDF a trouvé un accord avec la Caisse des dépôts (CDC) pour lui céder 49% de RTE. Le Figaro évoque, lui, l’ouverture de négociations exclusives portant sur la cession d’une part de 49,9% et une valorisation – élevée – de RTE, de l’ordre de 8,5 milliards.

Interrogés par l’AFP, Bercy, les deux entreprises et la CDC n’ont pas fait de commentaire.

Le CA examinera aussi la prise en compte dans les résultats semestriels du groupe, publiés vendredi, de la prolongation de 40 à 50 ans de la durée d’amortissement d’une partie du parc nucléaire français (les réacteurs de 900 mégawatts).

En cas de feu vert des administrateurs à Hinkley Point, qui requiert la majorité des votants, la signature de la décision finale d’investissement pourrait intervenir à tout moment.

Les six administrateurs salariés ont déjà fait savoir qu’ils s’opposeraient à ce projet dont le poids financier pourrait, selon eux, menacer la viabilité du groupe détenu à près de 85% par l’État. Les autres représentants de l’État devraient voter pour, l’incertitude portant sur les administrateurs indépendants, selon un administrateur.

Mais une éventuelle décision favorable ne serait pas forcément définitive: le comité central d’entreprise (CCE) d’EDF a engagé deux procédures judiciaires, l’une pour obtenir des informations supplémentaires et pouvoir rendre « valablement » un avis, l’autre pour faire suspendre « tous les effets des délibérations » du conseil.

Sollicitée par les actionnaires salariés, l’Autorité des marchés financiers enquête, elle, sur les informations financières communiquées par EDF aux investisseurs depuis juillet 2013, notamment sur Hinkley Point.

– Paris et Londres résolument pour –

En raison du retrait d’Areva, EDF a dû prendre une participation majoritaire (66,5%) dans le projet, ce qui l’obligerait à consolider le gigantesque investissement dans ses comptes.

L’endettement du groupe – 37,4 milliards d’euros fin 2015 – s’en trouverait considérablement alourdi, alors qu’EDF est déjà confronté à un mur d’investissements, comme la rénovation du parc nucléaire français et le rachat de l’activité réacteurs d’Areva, dans un environnement énergétique fortement dégradé.

Les syndicats CGT, FO et CFE-CGC plaident pour un report de deux ou trois ans, bien qu’EDF ait annoncé une série de mesures pour renforcer sa situation financière, dont un projet d’augmentation de capital d’environ 4 milliards d’euros (dont 3 mds apportés par l’État).

Les risques industriels inquiètent aussi, les délais et les coûts ayant dérapé sur les chantiers d’EPR à Flamanville (Manche) et en Finlande.

A l’inverse, EDF et l’État estiment Hinkley Point incontournable pour le maintien du savoir-faire et de la crédibilité de la filière nucléaire tricolore, en pleine refonte. Londres est un autre fervent partisan d’Hinkley Point, au coeur de sa stratégie énergétique, et l’annonce du Brexit n’a rien changé.

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