Revalorisation des consultations: les médecins libéraux font pression sur l’Assurance maladie

PARIS, 23 juin 2016 (AFP) – « Les choses se tendent » entre l’Assurance maladie et les médecins libéraux, engagés dans de difficiles négociations tarifaires à l’issue incertaine, source d’impatience chez les blouses blanches qui réclament une revalorisation « significative » de leurs rémunérations.

Depuis fin février, leurs cinq syndicats représentatifs (CSMF, FMF et SML pour les spécialistes et généralistes, MG France pour les généralistes et le Bloc pour les chirurgiens) se retrouvent quasiment chaque semaine au siège de la Caisse nationale d’Assurance maladie (Cnam) avec son directeur général, Nicolas Revel, pour une nouvelle convention quinquennale.

Montant des honoraires, conditions d’exercices, ou encore lutte contre les déserts médicaux font partie des enjeux de ce texte qui détermine les liens entre les médecins et la Sécu.

C’est ainsi que la consultation de base pourrait passer à 25 euros chez les médecins généralistes, contre 23 actuellement, pour s’aligner sur celle des spécialistes, ce que réclament tous les syndicats.

Mais les discussions piétinent. Mercredi, à l’issue d’une nouvelle séance, le premier représentant de la profession, la CSMF, a annoncé qu’il quittait la « table des négociations », dans l’attente d’engagements financiers « significatifs ».

Son président, Jean-Paul Ortiz, en appelle désormais « au gouvernement », plaidant pour un « new deal » d’1,5 milliard d’euros à destination de la médecine libérale, défavorisée, selon lui, par rapport à l’hôpital public.

Plus tôt, le Bloc, avait quitté la séance, vécue comme une « provocation » par son coprésident, Philippe Cuq, les augmentations proposées aux chirurgiens par l’Assurance maladie ne portant que sur une minorité d’actes « rarement effectués ».

« Les syndicats sont très énervés par la lenteur des négos », a commenté pour l’AFP Jean-Paul Hamon, président de la FMF, qui brandit également la menace d’un boycott si la Sécu ne met pas d' »enveloppe sur la table » dès mercredi prochain et déplore que la CSMF ait voulu « faire cavalier seul ».

La Cnam, elle, tempère un « moment de tension » courant dans ce « genre de processus », qui entre dans « sa dernière ligne droite » avec plusieurs réunions en juillet. Et rappelle qu’elle « a déjà été amenée à formuler des propositions sur beaucoup de sujets » et « continuera à le faire ».

– Une convention pour les généralistes ? –

De fait, son patron, Nicolas Revel s’est déjà montré favorable à la consultation à 25 euros et au « forfait structure », une somme devant permettre aux médecins de se doter d’un secrétariat.

La Cnam veut également rendre plus attractif le contrat d’accès aux soins, qui permet d’encadrer les dépassements d’honoraires en échange d’une prise en charge des cotisations des médecins ou encore attribuer une aide de 50.000 euros aux médecins s’installant dans les déserts médicaux.

Mais son budget est serré, avec plus de 3 milliards d’euros d’économies à réaliser en 2016. Or, la consultation à 25 euros pour les généralistes, « incontournable », selon Claude Leicher, le président de MG France, « mange déjà une grosse partie de l’enveloppe », à hauteur de 570 millions d’euros.

Et elle ne serait pas « compatible », s’agace la CSMF, avec d’autres valorisations comme les niveaux de consultations selon la longueur ou la complexité dont les spécialistes entendent profiter aussi.

Si sa signature n’est techniquement pas indispensable, la CSMF est la plus à même, avec MG France, de valider un texte. Mais elle s’est retrouvée fragilisée lors des dernières élections professionnelles face aux syndicats plus radicaux.

« Il ne faudrait pas que le système conventionnel éclate », s’inquiète Claude Leicher, soulignant que l’enveloppe de la Cnam « ne sera jamais à la hauteur des espérances » des syndicats.

Pour lui, la solution réside peut-être dans la signature d’un texte spécifique aux généralistes, dont la pénurie se fait de plus en plus pressante, au lieu d’une convention unique pour tous les libéraux. Il compte en outre demander à François Hollande « un fonds » dédié au forfait structure de 500 millions d’euros, en plus de la convention.

Si aucun accord n’est trouvé avant le 26 août, un règlement arbitral sera confié au haut fonctionnaire Bertrand Fragonard, qui pourra choisir de prolonger ou de modifier temporairement la convention en vigueur.

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