Salaires des grands patrons: des polémiques récurrentes en France

PARIS, 21 mars 2019 (AFP) – Les indemnités de départ du président exécutif du groupe parapétrolier en difficultés TechnipFMC, Thierry Pilenko, dénoncées par le gouvernement, constituent la dernière des polémiques que suscitent régulièrement les salaires des grands patrons en France.

Hausses de salaire généreuses, bonus exceptionnels, plans de stock-options avantageux (bons d’achats d’actions à des conditions favorables), fortes indemnités de départ (« parachutes dorés ») ou prime de bienvenue: rappel des principales polémiques de ces dernières années.

– Indemnité de départ à TechnipFMC –

Thierry Pilenko, qui quittera la présidence du groupe parapétrolier TechnipFMC en mai, touchera « des primes totales de 14 millions d’euros », a révélé jeudi BFM Business. Le président sortant laisse derrière lui un groupe qui a perdu près de 2 milliards de dollars en 2018.

« M. Pilenko recevra une indemnité de départ d’un montant de 1,98 million d’euros, équivalent à une année de rémunération annuelle (fixe+bonus), et il est soumis à une clause de non concurrence, indemnisée à un montant équivalent », a affirmé à l’AFP un porte-parole du groupe. Le reste correspond à des « éléments de rémunérations attribuées à M. Pilenko depuis 2010 ».

« Quand on laisse des pertes derrière soi, on ne part pas avec des primes. C’est inacceptable, c’est intolérable », a dénoncé le ministre de l’Economie Bruno Le Maire.

– Salaire triplé à Air France-KLM –

Peu après sa nomination en août 2018, le directeur général d’Air France-KLM Benjamin Smith a vu sa rémunération critiquée. Elle peut atteindre un montant maximum de 4,25 millions d’euros par an (dont 900.000 euros de part fixe).

Un montant potentiel plus que triplé par rapport à celui accordé au précédent patron d’Air France-KLM, Jean-Marc Janaillac, de 1,12 million d’euros en 2017 dont 600.000 euros de fixe.

– Indemnité de départ à Carrefour –

En juin 2018, l’ancien patron de Carrefour Georges Plassat renonce à une indemnité de départ de près de 4 millions d’euros, sous la pression du gouvernement après l’indignation des syndicats, et compte tenu des déboires du groupe français de distribution.

Les actionnaires du groupe avaient approuvé à 68% l’octroi à M. Plassat d’une rémunération de 13,17 millions d’euros en 2017, qui comportait une indemnité de départ sous la forme d’un engagement de non-concurrence.

– Passage en force à Renault –

Le 29 avril 2016, l’assemblée générale des actionnaires de Renault rejette le niveau de rémunération du PDG d’alors, Carlos Ghosn, fixé pour l’exercice 2015 à un total de 7,25 millions d’euros.

Mais ce vote n’est que consultatif et le conseil d’administration du groupe avalise le salaire de son patron en arguant de la « qualité des résultats de l’année 2015 ».

En février 2018, M. Ghosn avait accepté de baisser sa rémunération de 30%, une condition imposée par l’Etat en échange de son soutien à sa reconduction pour un mandat de quatre ans.

– Doublement à PSA –

Le 29 mars 2016, l’AG du groupe automobile PSA approuve à 76,53% le quasi-doublement du salaire du président du directoire, Carlos Tavares, à 5,24 millions d’euros, grâce à une part variable dopée par le redressement spectaculaire du groupe.

La hausse provoque un tollé parmi les syndicats, tandis que le ministre de l’Economie de l’époque, Emmanuel Macron, estime que M. Tavares a « tort de faire abstraction de la sensibilité des Français sur ce sujet ».

– Parachute doré à Alcatel-Lucent –

En août 2015, un parachute doré de 14 millions d’euros sur trois ans est offert à Michel Combes par l’équipementier télécom Alcatel-Lucent à l’occasion de son départ pour la direction de Numéricable-SFR.

Après plusieurs jours de polémiques, et sous la pression combinée du patronat, de l’Autorité des marchés financiers (AMF) et du gouvernement, Alcatel-Lucent décide de réduire de près de moitié la prime.

– Prime de bienvenue à Sanofi –

En février 2015, syndicats et petits actionnaires s’élèvent contre la prime de bienvenue de 4 millions d’euros reçue par le nouveau directeur général, Olivier Brandicourt, en compensation des avantages auxquels il a renoncé en quittant son précédent employeur, le groupe allemand Bayer.

A cette somme s’ajoutent près de trois millions d’euros versés par Sanofi à son prédécesseur, Chris Viehbacher, comme indemnité après son éviction. Porte-parole du gouvernement de Manuel Valls, Stéphane Le Foll avait jugé ces pratiques « incompréhensibles ».

– Retraite chapeau à PSA –

En novembre 2013, le patron sortant de PSA Philippe Varin renonce aux 21 millions d’euros prévus par le constructeur pour sa « retraite chapeau » face à l’avalanche de critiques alors qu’il s’apprête à céder la direction du groupe automobile en difficulté.

Il finira tout de même par toucher une retraite chapeau de près de 300.000 euros, révèlera en mai 2015 le site Deontofi.com.

– Stocks-options à la Société Générale –

En mars 2009, la banque annonce que ses quatre principaux dirigeants vont recevoir un total de 320.000 stocks-options au titre de l’exercice 2008.

L’annonce déclenche un tollé alors que la Société Générale a bénéficié de l’aide de l’Etat pour traverser la crise financière. Les dirigeants renoncent à ces stocks-options, sous pression du gouvernement de François Fillon qui menace de légiférer sur le sujet.