Sanofi Mourenx: nouveaux rejets hors normes, « réglages » en cours

PAU, 21 septembre 2018 (AFP) – L’usine du géant pharmaceutique Sanofi à Mourenx (Pyrénées-Atlantiques) a connu début septembre de nouveaux rejets « non conformes » de valproate de sodium, stoppant quelques jours cette production avant de la reprendre, sous ultimatum de « réglages », ont annoncé vendredi Sanofi et préfecture.

Sanofi « a constaté et déclaré des rejets au point d’émission non conformes, dans les 48 heures suivant les deux premières journées de production » de valproate de sodium (une base de médicaments, anti-épileptiques et antidépresseurs notamment), début septembre, selon la préfecture. Ces résultats ont été confirmés par des contrôles inopinés réalisés les 5 et 6 septembre.

« Par précaution, dès réception de ces résultats, et conformément à ses engagements, Sanofi Chimie a décidé d’interrompre temporairement la production de valproate », a indiqué pour sa part l’entreprise dans un communiqué.

Le site de Mourenx avait déjà été arrêté début juillet après la révélation de rejets toxiques massifs, puis avait repris sa production par étapes un mois plus tard, sous contraintes environnementales et contrôles accrus. La production de valproate avait été la dernière à avoir repris, le 3 septembre.

Ce nouvel arrêt sur le valproate, souligne Sanofi, ne concerne pas le reste de la production d’acide valproïque qui avait repris dès la mi-août, car les émissions de composés organiques volatils et de bromopropane sont « conformes aux contraintes fixées par les autorités », souligne Sanofi.

Mais concernant le valproate de sodium, le problème a persisté et « une nouvelle phase de production de quelques heures le 13 septembre, s’est également traduite par des résultats non conformes », d’où un nouvel arrêt de la production, indique la préfecture.

En revanche, les contrôles et la surveillance réalisés depuis la fin août, dans l’environnement, sur le site et chez les riverains, ont montré « des niveaux de risque très inférieurs à la valeur de référence pour les populations riveraines et les salariés », relève la préfecture.

Sanofi a demandé à pouvoir procéder à des « investigations, modifications et réglages (…) qui ne sont possibles que quand l’usine est en fonctionnement ».

Etant donné les bas niveaux de risques observés, la préfecture a autorisé Sanofi-Mourenx à continuer de fonctionner. Mais elle l’a « mis en demeure de respecter les normes de rejet de valproate de sodium fixées par arrêté du 31 août » et ce « sous un délai de deux mois ».

Pendant cette « période transitoire », chaque cycle de production fera l’objet d’analyses transmises à l’Inspection des installations classées (Dreal). Le suivi des rejets, tant à l’émission (à la production) que dans l’environnement, « est renforcé », pose la préfecture, qui assure que « tout dépassement entraînera l’arrêt des installations ».

France Nature Environnement (FNE), l’une de trois associations qui ont saisi la justice en juillet contre Sanofi, a estimé que ce nouvel épisode montrait que la réouverture du site de Mourenx a été « précipitée ».

« L’Etat n’aurait pas dû autoriser la réouverture de Sanofi en si peu de temps. C’est la crédibilité de l’Etat dans sa capacité à contrôler les installations qui est en jeu », a déclaré Solène Demonet, en charge des Risques industriels à FNE. Pour elle « l’Etat devrait refermer le site tant que Sanofi n’est pas en mesure de respecter l’arrêté préfectoral ».

FNE avait été à l’origine des révélations en juillet des émissions hors normes de plusieurs composés organiques volatils par Sanofi-Mourenx, dont le bromopropane, qui peut nuire à la fertilité, au foetus, irriter les voies respiratoires et la peau, rappelait l’association.

Mourenx est aussi le site de production de l’anti-épileptique Dépakine (à base de valproate), accusé d’être à l’origine de troubles neuro-développementaux chez jusqu’à 30.000 enfants, selon une estimation officielle, que Sanofi conteste fermement. Le valproate est à présent interdit aux femmes enceintes.

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