« Ségur de la santé »: des soignants manifestent à nouveau devant des hôpitaux

PARIS, 4 juin 2020 (AFP) – Plusieurs rassemblements ont eu lieu jeudi devant des hôpitaux publics afin de réclamer plus de moyens pour les soignants, dix jours après le lancement du « Ségur de la santé », qualifié d' »imposture » par une partie des manifestants.

A Paris, entre 200 et 300 personnes, dont des infirmiers et médecins en blouse blanche, se sont réunies devant l’hôpital Robert-Debré à l’occasion d’une « casserolade » (concert de casseroles) ponctuée par de longs applaudissements.

Portant des pancartes « Pas de retour à l’anormale » et « Ségur = imposture », les manifestants ont appelé à « mettre la pression sur le gouvernement », pour obtenir des « garanties » sur les salaires des soignants et sur l’avenir du système hospitalier.

Le gouvernement « doit dire combien il veut donner pour les rémunérations et les carrières des soignants. C’est la condition pour rétablir la confiance », a martelé le professeur André Grimaldi, figure de la lutte pour les hôpitaux publics, devant les manifestants.

« Jusqu’à présent, on a entendu des mots d’amour, mais on est méfiants », a ajouté l’ancien chef de service hospitalier, mettant en garde contre une « manoeuvre » du gouvernement. « Il faut que les Français se mobilisent pour que du Ségur sorte quelque chose pour les soignants », a-t-il insisté.

Outre ce rassemblement, d’autres « casserolades » ont eu lieu jeudi dans le cadre de l’opération #jediscolère, lancée début mai par le Collectif Inter-Hôpitaux (CIH), à la pointe de la mobilisation du milieu hospitalier depuis plus d’un an.

A Bobigny, une centaine de personnes ont ainsi défilé dans l’enceinte de l’hôpital Avicenne, avant de se réunir devant les grilles de l’établissement et d’interrompre momentanément la circulation, recueillant le soutien de la plupart des automobilistes.

« On se moque de nous! On nous parle revalorisation de salaires mais ils sont incapables de nous donner des chiffres », a regretté Lucie Branco, secrétaire de la MICT-CGT, en dénonçant les conditions dans lesquelles la concertation du Ségur avait été engagée.

A Besançon, 150 personnes se sont réunies sur le parvis du CHU, à l’appel du Collectif Inter-Hôpitaux (CIH) et du Collectif des blouses blanches. « J’ai pas eu le Covid mais vous m’avez transmis la rage », pouvait-on lire sur une pancarte.

« Les gens sont avec nous et on espère que leur soutien nous aidera à enfin obtenir des augmentations de salaire », a déclaré à l’AFP Patricia Boquestal, agente hospitalière depuis plus de 30 ans. « Nous avons besoin de plus de moyens financiers et humains pour bien nous occuper des patients ».

Le Ségur, lancé par Edouard Philippe le 25 mai et piloté par l’ancienne responsable de la CFDT Nicole Notat, doit déboucher sur des propositions pour l’hôpital public et les soignants d’ici la mi-juillet.

Mais plusieurs syndicats de soignants se sont d’ores et déjà inquiétés de la façon dont étaient menées les discussions, dénonçant une « parodie de concertation » et une « opération de communication ».

Dans ce contexte, une coalition de dix syndicats et collectifs hospitaliers a ainsi appelé jeudi une « journée d’action nationale » le 16 juin, disant vouloir obliger l’exécutif à prendre « en compte l’ensemble de leurs revendications ».

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