« Ségur de la santé »: négociations au forceps sur les salaires

PARIS, 8 juillet 2020 (AFP) – Laborieuses mais pas rompues, les négociations du « Ségur de la santé » sur les salaires des personnels hospitaliers se poursuivaient mercredi après-midi, au lendemain de nouvelles annonces du Premier ministre, Jean Castex, qui espère toujours « régler en large part le sujet » avant la fin de semaine.

La nuit a-t-elle porté conseil? Après six heures de tractations mardi soir, les syndicats avaient de nouveau rendez-vous à 14H00 au ministère de la Santé pour reprendre la discussion sur la revalorisation des métiers paramédicaux (infirmiers, aides-soignants) et non médicaux (techniciens, administratifs).

Invité surprise à la table des négociations la veille, M. Castex a annoncé une rallonge de 1,1 milliard d’euros, portant à 7,5 milliards l’enveloppe proposée pour le secteur.

« Il y a un effort qui est fait, maintenant il faut regarder la répartition », a réagi le patron de la CFDT, Laurent Berger, espérant encore monter à 8 milliards pour obtenir une hausse de salaire « qui aille au-delà de 200 euros pour les soignants, et qui se rapproche de 200 euros pour les non soignants ».

Principale pierre d’achoppement, le montant de cette augmentation générale serait à ce stade de 165 euros par mois, selon plusieurs responsables syndicaux participant au « Ségur », qui réclament toujours un chiffre plus proche des 300 euros net revendiqués de longue date à l’hôpital public.

Sauf que le gouvernement veut étendre la mesure aux établissements privés, quitte à braquer ses interlocuteurs. « Donner de l’argent public à des grands groupes privés, donc lucratifs, pour nous ce n’est pas possible », explique la secrétaire générale de la CGT-Santé, Mireille Stivala.

« Le noeud du problème, c’est de savoir exactement ce qui concerne spécifiquement le secteur public », estime pour sa part Zaynab Riet, déléguée générale de la Fédération hospitalière de France (FHF).

– « accord majoritaire » –

La volonté de l’exécutif de réserver une partie de la manne pour introduire un « intéressement collectif » dans les rémunérations fait aussi grincer quelques dents. « Ce n’est pas la culture de l’hôpital public. L’hôpital n’est pas une entreprise », insiste Mireille Stivala.

Fait nouveau, le Premier ministre a insisté mardi « pour que les questions d’emploi soient également intégrées à la négociation ». Quelque 15.000 créations de postes seraient désormais dans la balance, selon des sources concordantes.

Une avancée saluée par les syndicats, qui regrettent néanmoins que ces effectifs soient financés sur l’enveloppe de 7,5 milliards proposée par Matignon — ce qui conduit à réduire la somme disponible pour les hausses de rémunérations.

Malgré les réticences syndicales, qui disent ne pas pouvoir signer en l’état les propositions de l’exécutif, M. Castex, devant le Sénat, a dit souhaiter « que ces négociations puissent aboutir sur un accord majoritaire ». « Cet accord est à portée de main », a-t-il insisté.

En parallèle, la discussion avec les médecins hospitaliers devait reprendre à 16H00. La semaine dernière, elle s’était arrêtée sur une offre à 600 millions d’euros, jugée insuffisante par les syndicats de praticiens, qui en réclament au moins le double.

La principale organisation d’internes en médecine, l’Isni, a d’ores et déjà déposé un préavis de grève pour jeudi et prévoit plusieurs rassemblements en début d’après-midi, dont un à 15H00 devant le ministère de la Santé.

D’autres décisions sont attendues dans le cadre du « Ségur », notamment en matière d’investissement, pour lequel plusieurs milliards d’euros sont aussi évoqués.

Le chef du gouvernement prévoit néanmoins de « régler en large part le sujet (…) cette semaine », avant d’éventuelles annonces du président de la République.

Emmanuel Macron, qui s’exprimera le 14 juillet, pourrait en effet dévoiler lui-même le résultat de cette vaste concertation lancée fin mai et censée concrétiser le « plan massif » promis au plus fort de l’épidémie de coronavirus.

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