Sénat: Pénicaud interpellée sur une plus-value d’un million réalisée quand elle était chez Danone

PARIS, 27 juillet 2017 (AFP) – La ministre du Travail Muriel Pénicaud a été interpellée jeudi au Sénat sur une plus-value boursière d’un million d’euros réalisée lorsqu’elle était patronne des ressources humaines chez Danone au moment où le groupe s’apprêtait à supprimer 900 emplois.

Cette plus-value « a été réalisée grâce à une flambée boursière en faveur de Danone suite à l’annonce de la suppression de 900 emplois », a accusé Éliane Assassi, présidente du groupe Communiste dans un rappel au règlement lors de l’examen du projet de loi sur la réforme par ordonnances du code du travail.

« Ce point est extrêmement grave sur le plan éthique, et peut-être sur le plan juridique, car de par vos fonctions vous avez organisé ce plan social et en avez récolté les fruits pour votre profit personnel », a-t-elle jugé. « De là à parler de délit d’initié, il n’y a qu’un pas », a ajouté la sénatrice, soulignant que ces révélations dans l’Humanité surviennent alors que le gouvernement « se livre à des comptes d’apothicaire pour serrer de plusieurs crans la ceinture de notre peuple ».

La ministre lui a répliqué: « Nous sommes ici pour fabriquer la loi, non pour répandre des approximations démagogiques à propos de personnes singulières ».

Si « chacun peut avoir son appréciation sur le niveau de la rémunération des dirigeants de grandes entreprises internationales », elle a assuré qu' »il s’agit d’une rémunération décidée plusieurs années avant le plan de départs volontaires que vous citez, qui a concerné 233 personnes ».

« Si j’ai des choses à ajouter, je le ferai savoir en un autre temps, en un autre lieu. Restons-en aux faits, et à la loi qui nous occupe », a conclu Mme Pénicaud.

En plein débat sur la moralisation à l’Assemblée, l’Insoumise Danielle Obono a lancé, l’Humanité en main: « je vous enjoins à lire (…) ce qui est révélé dans ce journal sur des opérations que, je pense, nous devrions prévenir ». Adrien Quatennens (LFI) a tweeté: « Les suppressions d’emplois sont un business lucratif, un secteur plein d’avenir ! La ministre du #travail en sait quelque chose… ».

Le communiste Sébastien Jumel a renchéri sur une ministre « disqualifiée » sur les ordonnances. Alors que celles-ci pourraient déboucher sur « une grave » dérégulation des contrats courts, « Mme Pénicaud peut-elle vraiment discuter avec le monde du travail », syndicats et élus, a demandé son groupe dans un communiqué.

L’ex-candidat PS à la présidentielle Benoît Hamon a ironisé sur Twitter: « La très sociale @murielpenicaud a réalisé une plus value personnelle de 1266EUR par salarié licencié chez Danone ». Et le député Régis Juanico, un de ses proches, jugé « l’esprit de la #loitravail résumé ».

Selon des chiffres du rapport financier annuel de Danone de 2013 cités par L’Humanité, Mme Pénicaud a réalisé 1,129 million d’euros de plus-values le 30 avril 2013, en une journée, alors que Danone s’apprêtait à supprimer 900 emplois de cadres, dont 230 en France.

La transaction portait sur un lot de 55.120 actions acquises 34,85 euros l’unité – cours de l’action en 2009, très inférieur à celui d’avril 2013 -, et revendues aussitôt 58,41 euros l’unité.

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