Séquestration à Goodyear Amiens-Nord: la cour d’appel se prononce mercredi

LILLE, 9 janvier 2017 (AFP) – Un an après avoir été condamnés en première instance à 9 mois de prison ferme pour la séquestration de deux dirigeants de leur usine, suscitant de vives protestations, les 8 ex-salariés de Goodyear Amiens-Nord vont connaître mercredi leur sort en appel.

La décision sera connue vers 13H30.

L’avocat général Dominique Tailhardat avait requis le 19 octobre vingt-quatre mois de prison avec sursis à l’encontre des huit hommes, parmi lesquels cinq militants CGT. En première instance, ils avaient été condamnés à 24 mois de prison dont neuf ferme le 12 janvier 2016.

Cette peine avait provoqué un tollé en France où plusieurs manifestations de soutien avaient été organisées et une pétition en ligne réclamant l’arrêt des poursuites à leur encontre avait recueilli plus de 171.000 signatures. La CGT y avait vu un symbole de la « criminalisation de l’action syndicale ».

Et mercredi, « nous attendons entre 2.000 et 2.500 soutiens devant le tribunal. Sur un cas de répression syndicale, c’est le mouvement le plus rassembleur depuis près de 20 ans », affirme à l’AFP Mickaël Wamen, l’un des prévenus et figure emblématique du « combat » des Goodyear.

Lors du procès en appel, 10.000 personnes selon la CGT et 5.000 selon la préfecture s’étaient déjà rassemblées à Amiens, dont le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, le candidat à l’élection présidentielle Jean-Luc Mélenchon, Olivier Besancenot (NPA), Nathalie Arthaud (LO) ou encore François Ruffin, l’auteur du film « Merci, patron ! ».

– ‘On croit à la relaxe’ –

Poursuivis pour « séquestration et violences en réunion », les prévenus encourent jusqu’à cinq ans de prison.

« En fonction de la décision des juges, il est possible qu’on se pourvoit en cassation, en espérant qu’on ne soit pas obligé de le faire, car on en a un peu ras-le-bol de cette histoire, ça fait trois ans que l’usine est fermée, on aimerait bien passer à autre chose, mais malheureusement ce conflit s’éternise », a poursuivi M. Wamen.

« Nous attendons une décision juridique et non politique, on croit à la relaxe », a-t-il conclu.

Les 6 et 7 janvier 2014, le directeur des ressources humaines et le directeur de la production avaient été retenus pendant une trentaine d’heures dans les locaux de l’usine de pneumatiques occupée par quelques dizaines de salariés en colère après l’annonce de la fermeture de ce site de 1.143 salariés.

Lors du procès en appel, sans plaignant – Goodyear ayant retiré sa plainte, comme les deux cadres concernés – les prévenus avaient tenté de convaincre les juges de leur absence de culpabilité et de la légitimité de leur action.

« Séquestration ? Je n’aime pas le mot. A aucun moment, je n’ai entravé leur liberté de se lever et de partir, mais les salariés étaient en train de perdre leur emploi, c’était tendu, c’est sûr, on n’était pas en train d’applaudir la direction ! », avait résumé à la barre l’un des prévenus, Reynald Jurek.

« Si on utilise la séquestration, c’est qu’on ne veut pas discuter, c’est qu’on veut contraindre, on tue le dialogue », avait rétorqué l’avocat général, estimant que les faits reprochés aux salariés étaient de la « délinquance pure et simple ». Il n’avait toutefois pas requis de prison ferme, prenant en compte le « casier judiciaire vierge » des prévenus.

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