Séquestration à Goodyear Amiens-Nord: sanction inédite pour 8 ex-salariés condamnés à 9 mois ferme

AMIENS, 12 janvier 2016 (AFP) – Neuf mois de prison ferme: les huit ex-salariés de l’usine Goodyear d’Amiens-Nord ont été condamnés mardi à une peine inédite pour la séquestration durant 30 heures en 2014 de deux cadres dirigeants de l’entreprise, suscitant nombre de réactions choquées.

Le parquet avait requis contre chacun d’entre eux une peine de deux ans d’emprisonnement, soit un an « ferme aménageable » et un an de sursis, lors de l’audience du 24 novembre.

Ils ont écopé mardi de 24 mois de prison, dont 15 avec sursis. Deux d’entre eux ont également été condamnés pour violences en réunion mais sans peine supplémentaire.

« Je m’y attendais, mais en même temps on trouve la décision très injuste. On va faire appel. Ça fait longtemps que la confiance en la justice est cassée… », a réagi Hassan Boukri, l’un des prévenus.

« Pour moi, six mois de sursis c’était déjà une catastrophe alors imaginez neuf mois ferme… On ne comprend pas pourquoi les deux personnes condamnées pour séquestration et violences en réunion ont la même peine que les autres uniquement condamnées pour séquestration, c’est complètement incohérent », a affirmé de son côté Reynald Jurek, un autre prévenu, dénonçant une « décision purement politique ».

« Le gouvernement a voulu faire de nous un exemple. Et dire aux gens : +Faites attention si vous vous battez pour votre boulot, regardez ce qui peut vous attendre+ », a-t-il encore lancé.

Entre le 6 et le 7 janvier 2014, le directeur des ressources humaines ainsi que le directeur de la production avaient été retenus dans les locaux de l’usine de pneumatiques que plusieurs dizaines de salariés avaient occupée avant de les laisser partir. A sa libération, ce dernier avait reconnu qu’il n’y avait « pas eu de comportement qui a porté atteinte à notre intégrité physique », même si « certaines fois, nous n’étions pas très rassurés ».

A la barre, tous les prévenus avaient évoqué « un coup de colère » face à une direction qui « n’apportait aucune réponse » à la « détresse sociale » dans laquelle se trouvaient les salariés de cette entreprise de 1.143 salariés, fermée quelques jours après.

– « Décision choquante » –

Ils avaient aussi réfuté toute préméditation de leur geste: « si des gens étaient préparés à une telle action, les deux cadres de Goodyear n’auraient pas donné un rendez-vous dans une salle bondée de salariés déjà très remontés », avait expliqué l’avocat des prévenus, Fiodor Rilov.

Entre séquestrations, dégradations, diffamation ou menaces de faire sauter les usines, les conflits sociaux ont souvent été spectaculaires ces dernières années, mais ils ont engendré peu de poursuites judiciaires, encore moins de condamnations.

En 2010, lorsque des cadres de la Poste avait été séquestrés à Nanterre, les trois salariés avaient ainsi été condamnés en appel à des amendes, et 12 avaient été relaxés dont l’ancien chef de file du NPA Olivier Besancenot.

Les réactions de soutien aux salariés se sont multipliés dans la matinée.

La CGT Goodyear Amiens nord a par exemple fustigé ce « jugement inacceptable », qui « est l’arme avec laquelle Hollande, Valls, Taubira et l’ensemble du gouvernement ont décidé d’intimider tous les salariés qui se battent pour leur droit et leurs emplois », a affirmé la CGT Goodyear Nord dans un communiqué.

Même son de cloche à la fédération du Parti socialiste de la Somme: ces salariés « se sont battus dignement pour défendre leur outil de travail et les emplois face à une direction qui a toujours privilégié l’accroissement des profits à court terme ». Elle demande à la garde des Sceaux d’intervenir auprès du parquet, « pour ce cas particulier », afin « de revoir cette décision choquante pour obtenir une réquisition d’apaisement qui tienne compte du retrait de la plainte par la direction de Goodyear ».

Quant au député PS du Cher Yann Galut « très choqué », il aimerait « la même sévérité à l’égard des patrons voyous », a-t-il lâché sur Twitter.

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