Séquestration de dirigeants, saccages: des dérapages très rarement sanctionnés

PARIS, 12 janvier 2016 (AFP) – La condamnation à une peine de prison ferme de huit ex-salariés de Goodyear mardi est une première, selon des avocats interrogés par l’AFP: les débordements dans les entreprises (séquestrations, violences ou menaces de sabotage) donnent rarement lieu à des poursuites judiciaires.

Sur 23 séquestrations de dirigeants recensées par l’AFP depuis 2009 -année marquée par un fort regain-, une seule a donné lieu à une condamnation à une peine d’amende (La Poste en 2010).

Il faut remonter à 1999 pour retrouver une condamnation avec sursis à l’encontre de deux manifestants pour avoir retenu, deux ans plus tôt, le directeur de l’entreprise de chaussures Myrys à Limoux (Aude).

En théorie, les peines sont lourdes: en-deçà de sept jours, la séquestration est passible de cinq ans d’emprisonnement et 75.000 euros d’amende; au-delà, de vingt ans de réclusion criminelle et 150.000 euros.

Mais en pratique, les poursuites sont rares.

Le plus souvent, les séquestrations interviennent après l’annonce de restructurations.

2015

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– Octobre : une manifestation dégénère au siège d’Air France, deux dirigeants voient leurs chemises arrachées. Cinq salariés seront jugés en correctionnelle le 27 mai pour violences.

2014

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– Mai : cinq cadres de l’usine Seita (cigarettes) de Nantes sont retenus pendant près de 24 heures.

– Janvier : deux responsables de Centre France/La Montagne sont retenus pendant une nuit et une journée.

2013

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– Novembre : le directeur de la forge Forgital du Chambon-Feugerolles (Loire) est retenu près de 24 heures.

– Octobre : une vingtaine de cadres de la Coopérative France Prune (Lot-et-Garonne) sont retenus plusieurs heures par des producteurs de pruneaux qui obtiennent une hausse du prix d’achat.

2012

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– Novembre : deux dirigeants de la laiterie Novandie de Marcillé-Raoul (Ille-et-Vilaine) sont retenus deux nuits.

– Octobre : un cadre de PSA Aulnay est retenu 11 heures à l’usine de Seine-Saint-Denis. La direction renonce à des sanctions.

– Mai : des agents du réseau Ametis, les transports urbains d’Amiens-Métropole, retiennent pendant une nuit des dirigeants.

2011

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– Septembre : deux dirigeants de l’usine Still dans l’Oise séquestrés pendant près de six heures.

– Quatre cadres de Constellium, groupe d’aluminium, retenus à Ham (Somme). Dans la nuit, ils s’échappent avec l’aide de la gendarmerie.

2010

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– Mai : des cadres de la Poste séquestrés à Nanterre. Trois salariés sont condamnés en appel en février 2013 à des amendes, 12 sont relaxés dont l’ex-chef de file du NPA Olivier Besancenot.

– Mars : le dirigeant de Sullair Europe (outils pneumatiques) passe la nuit dans l’usine de Montbrison (Loire).

– Deux cadres de Siemens VAI MT séquestrés à Saint-Chamond (Loire).

– Février : une cinquantaine de salariés de Pier Import, travaillant pour des magasins en liquidation, retiennent toute une nuit la PDG et son directeur général, au siège à Villepinte (Seine-Saint-Denis).

– Janvier : quatre cadres du groupe métallurgique suédois Akers retenus plus de 24 heures à Fraisses (Loire).

2009

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Neuf séquestrations recensées entre mars et juillet, notamment à l’usine Michelin de Montceau-les-Mines (Saône-et-Loire), à l’usine Molex de Villemur-sur-Tarn (Haute-Garonne), Faurecia à Brières-les-Scellés (Essonne), Caterpillar à Grenoble et Sony dans l’usine de Pontonx-sur-l’Adour (Landes).

Sans être allés jusque là, les salariés de l’usine Fulmen (batteries automobiles) à Auxerre avaient enmmené de force leur directeur pour manifester.

Autres violences répertoriées cette année-là: en juillet les 366 salariés de New Fabris (pièces automobiles) à Châtellerault (Vienne) menacent de faire sauter les locaux avec des bonbonnes de gaz.

bur-shu-jta/db/jag