Services de Sanofi regroupés en Hongrie: les syndicats s’estiment « dupés »

PARIS, 5 avril 2019 (AFP) – Le groupe pharmaceutique français Sanofi compte ouvrir une plateforme de services en Hongrie pour gérer des activités soumises en France à des départs volontaires, une manoeuvre dénoncée vendredi comme une « délocalisation » par plusieurs syndicats, qui s’estiment « dupés ».

La direction de Sanofi a évoqué mardi lors d’un comité d’entreprise européen « un projet concernant la création d’un centre de services à Budapest, qui regrouperait certaines activités dédiées à la comptabilité, au +reporting+ et à l’dministration du personnel », a indiqué un porte-parole du groupe, interrogé par l’AFP. « Ce projet fera l’objet d’une présentation aux partenaires sociaux dans les différents pays potentiellement concernés, incluant la France », a-t-il ajouté.

Cette annonce a provoqué de vives réactions chez les syndicats. « Ce projet de délocalisation est annoncé quelques semaines après la signature d’une rupture conventionnelle collective concernant ces mêmes activités » en France, s’indigne la CGT Sanofi dans un communiqué.

Les syndicats représentatifs de Sanofi ont en effet récemment signé des accords de rupture conventionnelle (RCC) portant sur la suppression de 700 postes en France d’ici à fin 2020, dont 600 postes dans les fonctions support de l’entité Sanofi Aventis Groupe.

Les ruptures conventionnelles collectives permettent à l’entreprise de supprimer des postes via des départs volontaires, sans justification économique.

Lors de la négociation des accords de RCC, « la direction s’est bien cachée de dire que ces activités allaient quitter le territoire national », affirme Thierry Bodin, de la CGT, qui juge cette manoeuvre « déloyale ».

Pour lui, l’annonce d’un regroupement des activités en Hongrie « vise à mettre une pression maximale sur les salariés » français pour qu’ils quittent leur poste, alors que leur départ « est censé se faire sur la base du volontariat ».

« A aucun moment de la négociation (…) n’a été abordée l’hypothèse d’une nouvelle externalisation et encore moins d’une délocalisation dans un pays de l’Est à bas coût salarial », confirme FO Sanofi dans un communiqué.

« On a le sentiment d’avoir été dupés dans cette affaire », soupire Pascal Lopez, de FO, interrogé par l’AFP.

La plateforme qui sera créée à Budapest devrait employer 250 personnes, mais la direction prévoit également une externalisation des fonctions achats, réservation de voyages et frais de mission, explique le syndicaliste.

« On ne sait pas si les 600 suppressions de postes envisagées par la direction seront suffisantes », s’inquiète-t-il. « Que se passera-t-il pour ceux qui décident de ne pas partir de l’entreprise? Et pour ceux qui restent? », s’interroge le syndicaliste.

Selon le porte-parole de Sanofi, « aucune suppression de postes supplémentaires n’est prévue dans le cadre de ce projet » en Hongrie ni dans celui de l’externalisation de certains services.

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