Siemens: des métallos allemands promettent un combat « spectaculaire » pour l’emploi

BERLIN, 17 novembre 2017 (AFP) – Sous la cheminée fumante de l’immense usine berlinoise de Siemens, un millier d’employés ahuris par la décision de l’industriel allemand de supprimer près de 7.000 postes dans le monde, sifflent le début d’une riposte sociale qu’ils veulent musclée.

« Nous sommes Siemens et nous allons rester », scandaient-ils vendredi, au lendemain de l’annonce du groupe, largement bénéficiaire.

Le principal syndicat allemand de l’industrie IG Metall, d’ordinaire bien au fait des bruits de couloirs, reconnait avoir été surpris par l’ampleur des coupes annoncées jeudi soir par la direction du groupe basée à Munich. 6.900 suppressions de postes à partir de 2020, dont la moitié en Allemagne et près de 600 à Berlin.

Maintenus dans le flou, les salariés ont l’impression que Siemens joue avec eux. « On nous dit qu’on va être fixé d’ici un an, c’est un cauchemar cette attente », souffle Tim Matthow, 24 ans ouvrier de contrôle qualité depuis trois ans.

« Je suis rentré chez Siemens qui est le plus prestigieux konzern allemand parce que pour moi ça voulait dire la sécurité de l’emploi. Mon grand-père y était ouvrier, ma famille était tellement soulagée. Et voilà aujourd’hui la déception », ajoute-il, adossé à un muret, tandis que plus loin des syndicalistes s’époumonent sur une scène.

« On nous a déjà mis une telle pression sur les coûts, sur les horaires. Ce qu’ils nous annoncent est une catastrophe et nous ne nous laisserons pas faire », harangue Günther Augustat, un représentant du personnel, interrompu par un concert enthousiaste de cornes de brume.

– Bénéfice record –

Un millier d’employés du site — ouvriers en bleu de travail avec des bouchons fluo dans les oreilles et cols blancs — se sont rassemblés devant le portail de la célèbre « Dynamowerk » de Berlin pour cette première action de protestation.

Le site en briques rouges s’apparente à une ville dans la ville, avec ses rues et même sa station de métro. C’est ici que Werner Siemens a découvert en 1866 le principe de la dynamo-électrique.

Mais, depuis les années 1960, les dynamos ne font plus rouler les voitures. Et en 2017, les turbines à gaz produites par Siemens à Berlin sont dépassées par le boom des énergies renouvelables.

La capacité mondiale de production de ces machines-géantes est de 400, quand la demande annuelle est passée autour de 100, plaide Siemens dans un communiqué.

Mais le géant allemand, qui fabrique aussi bien des locomotives, des éoliennes que du matériel médical, vient aussi d’annoncer un bénéfice annuel record de 6,2 milliards d’euros. Et toutes ses branches sont dans le vert.

« La productivité et la qualité sont excellentes ici », tonne Kris, syndicaliste chez IG Metall, dénonçant l’ouverture prévue en République tchèque d’une usine de turbines de 1.800 employés qu’il qualifie de « délocalisation ».

– ‘On casse une famille’ –

« Le combat va se faire dans la rue et la mobilisation peut être très spectaculaire car vous voyez le niveau de solidarité entre les employés de tous les services », met en garde le jeune homme.

Refusant de donner son nom de famille, il montre à la place son gilet de travail brodé d’une effrayante tête d’ours et du slogan « Métallos Siemens, nous combattons comme des ours ».

Selon IG Metall, ce bras de fer social, à coup de « moyens de résistance créatifs », se nourrit d’un sentiment de trahison du principe roi de Siemens de « Mitbestimmung », c’est-à-dire la cogestion direction/salariés pour les grandes décisions de la vie de l’entreprise.

« On a l’impression aujourd’hui qu’on casse une famille qui est pourtant très unie. Le management va avoir une pression monstre (…) et je peux vous dire qu’en réunion l’atmosphère est très combative », lâche Kris.

« Je n’ai pas vu cela depuis longtemps », confirme un porte-parole de Siemens cité par l’agence allemande DPA, qui a assisté vendredi au départ brutal de 200 représentants du personnel d’une première réunion post-crise à l’usine d’Erfurt (est) menacée de fermeture. « Les gens étaient en pleurs ».

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