SNCF: le trafic un peu moins perturbé pour le 3e épisode de grève

PARIS, 13 avril 2018 (AFP) – Le trafic était un peu moins perturbé vendredi pour le troisième épisode de la grève en pointillé à la SNCF, avec moins de conducteurs grévistes, mais les syndicats maintiennent la pression au lendemain d’une intervention télévisée d’Emmanuel Macron qui ne les a en rien rassurés.

De cet entretien, « on n’attendait rien et on n’a rien eu », a résumé Bruno Poncet, secrétaire fédéral de SUD-Rail, en marge d’une manifestation rassemblant plusieurs centaines de personnes – cheminots, étudiants ou enseignants – à Paris.

Cheminots en tête, brandissant des drapeaux SUD-Rail et CGT-Cheminots, les manifestants partis du métro Tolbiac, dans le quartier du site universitaire occupé depuis fin mars, se dirigeaient vers la gare d’Austerlitz.

Alors que les vacances scolaires de la zone C (Île-de-France, Toulouse et Montpellier) débutent dans la soirée, la SNCF a prévu un TGV et un TER sur trois, deux Transilien sur cinq et un train Intercités sur cinq.

Le taux de grévistes s’établissait dans la matinée à 22,5% selon la SNCF, mais 38% des personnels indispensables à la circulation, avec, dans le détail, 66% des conducteurs, 60% des contrôleurs et 29% des aiguilleurs, des chiffres tous en baisse.

En gare de Lille-Flandres, seuls quelques usagers attendaient leur train. Ancien cheminot, Gilbert Leriche, 58 ans, devait prendre un train pour Saint-Quentin (Aisne), où 200 cheminots ont manifesté dans la matinée. « Bien sûr que je les comprends. Nous en 1995 (…), nous nous sommes battus pour garder notre statut », raconte-t-il. « Si les gens trouvent qu’on a trop d’avantages, ils n’ont qu’à devenir cheminot ».

Le président Macron a dit jeudi vouloir « aller au bout » de la réforme « indispensable » de la SNCF, qui « doit se réorganiser ». Affirmant avoir entendu les syndicats, il les a appelés « au calme ».

Le statut des cheminots? Ce « contrat » sera conservé pour ceux qui « sont rentrés avec » à la SNCF et même pour ceux qui seront transférés dans une autre entreprise après l’ouverture à la concurrence, a assuré le président. Donc, a-t-il poursuivi, « on leur dit juste d’accepter » la suppression du statut pour « les nouveaux » embauchés, dont les contrats seront basés sur « la convention » collective du transport ferroviaire, encore à définir.

A ce sujet, « pour sortir de l’ornière », Roger Dillenseger, de l’Unsa ferroviaire (2e syndicat à la SNCF), a réclamé vendredi sur RTL un « accord de méthode qui définira où et quand on va négocier » un « pacte social ferroviaire ».

« Annoncer comme (M. Macron) l’a fait que seuls les nouveaux entrants seraient impactés » par la suppression du statut « est faux », avait rétorqué jeudi SUD-Rail (3e) car Élisabeth Borne, la ministre des Transports, et Guillaume Pepy, le patron de la SNCF, « ont tous deux confirmé la future abrogation du décret fixant le statut ».

– Un président « hésitant » –

Le chef de l’État a par ailleurs indiqué que la dette de la SNCF de quelque 50 milliards d’euros sera reprise en partie « dès le début », puis le reste « progressivement », en fonction de l’avancée des réformes.

Interrogé vendredi, le délégué général de LREM Christophe Castaner a refusé de chiffrer la part de la dette que l’Etat reprendra, soulignant que l’Etat s’était engagé sur un « principe » et qu’il n’y avait « pas besoin d’avoir quelque chose de concret ».

La CGT Cheminots (1er) a vu un président « hésitant », « qui ne maîtrise vraisemblablement pas le dossier de la réforme ».

Quant à la CFDT Cheminots (4e), elle est « encore plus déterminée » à poursuivre la grève, même si Mme Borne a retenu « certaines de ses propositions », a indiqué son secrétaire général adjoint, Rémi Aufrère-Privel.

Le numéro un de la CFDT, Laurent Berger, a salué lui de « premières avancées » avec la prise en compte à l’Assemblée d’amendements portés par la CFDT cheminots, notamment sur l’ouverture à la concurrence. Tout en reconnaissant qu' »il y a eu des points actés dans la loi », M. Dillenseger a estimé qu' »on est très très loin du compte ».

Le projet de loi de réforme ferroviaire fera l’objet d’un vote solennel mardi à l’Assemblée nationale.

Ce troisième épisode de la grève de deux jours sur cinq lancée début avril par le trio CGT-Unsa-CFDT s’achèvera dimanche matin. SUD-Rail a lancé une grève illimitée.

bur-er-sp/db/sd