Soulagement à la Fonderie de Bretagne après une semaine de tension

LORIENT, 29 mai 2020 (AFP) – « C’est une victoire, mais pas une victoire finale! » Devant les grilles de la sous-préfecture de Lorient, le leader local de la CGT exprimait le soulagement des salariés après « une semaine de lutte » à la Fonderie de Bretagne (FDB), menacée par le plan d’économie de Renault.

Quand Maël Le Goff, secrétaire CGT (majoritaire), prend la parole à l’issue d’un Conseil social et économique extraordinaire, les quelque 200 salariés et sympathisants retiennent leur souffle. Va-t-il annoncer que la direction cherche un repreneur? Ou pire une fermeture du site?

« Pas de fermeture de FDB! Pas de projet de repreneur FDB », lance-t-il aux militants. Certains, comme Frédéric, fondent en larmes. « Car on l’aime notre boite bordel! On n’a pas tout perdu », soupire ce salarié CGT avant d’étreindre d’autres camarades.

Dès lundi matin, des militants syndicaux avaient bloqué l’accès à l’usine située à Caudan, à une quinzaine de minutes de Lorient, où près de 400 personnes sont employées. En cause, les fuites dans la presse concernant la possible fermeture de quatre sites de la marque au losange, dont Caudan, qui ont fait l’effet d’une bombe.

Sous une chaleur de plomb, ils se relaient jour et nuit devant le piquet de grève, des journées parfois agrémentées par la venue d’élus locaux ou de journalistes. Côte direction, « pas de son, pas d’image », résume un syndicaliste, non loin d’une banderole: « Renault doit faire vivre la FDB ».

Les ouvriers confient leur inquiétude, comme Patrice, 26 années d’ancienneté, qui travaille sur les chaînes de moulage. « C’est une famille ici, tout le monde se connait. Un repreneur? Pas idéal, j’ai été Renault, puis avec les Italiens de Teksid en 1998, puis Garro au milieu des années 2000. Et à nouveau Renault en 2009 », dit cet ouvrier à la carrure imposante, comme beaucoup d’autres habitués à travailler dans cet univers assourdissant qui fabrique des pièces automobiles comme des bras de suspension.

– horizon pas totalement éclairci –

Car cette usine, implantée en 1965, est l’héritière directe des forges de Hennebont, créées en 1860, qui employèrent jusqu’à 3.000 personnes et transformèrent des milliers de paysans bretons en ouvriers métallurgistes, travaillant dans des ateliers pour la fabrication de boîtes de conserve. Avec son cortège de luttes sociales, dont la précédente en 2009, a abouti à une reprise au sein du groupe Renault.

Aussi, jeudi soir, après des heures d’attente, Maël Le Goff rassemble ses « camarades » sous une tente et met son portable sur haut-parleur. Un syndicaliste « débriefe » le Comité central social et économique (CCSE) à peine achevé à Boulogne-Billancourt marqué par l’annonce d’un gigantesque plan d’économie. « 15.000 suppressions d’emplois, la vache! », lance, effrayé, un salarié. Le plan présenté évoque « une revue stratégique du système de fonderie-fonte en France » aux contours flous. Ils « jouent avec nos nerfs », lâche, dépité, Maël Le Goff.

Les esprits, eux, s’échauffent, certains militants disent qu’il faut bloquer la quatre voies, d’autres préfèrent attendre le CSE extraordinaire.

Ainsi, vendredi matin, après une nuit courte et anxieuse, les militants sont nerveux devant la grille de la sous-préfecture. « Ca peut partir en live », en cas d’annonce de fermeture, avertit un salarié. Finalement, ce seront les cris de « on a gagné! on a gagné! » qui résonneront une heure plus tard.

« Aujourd’hui notre priorité était de savoir ce qu’on allait devenir mardi, est-ce qu’on allait fermer l’usine, ces deux grosses interrogations ont été levées », sourit Stéphane Dubois, élu à la CFE-CGC.

Pour autant, l’horizon n’est pas totalement éclairci, comme le rappelle son collègue du même syndicat Olivier Bourienne. « On sera probablement touché d’une manière ou d’une autre, avec probablement des postes non remplacés, des activités mutualisées, des regroupements de site. On verra à quelle sauce on sera mangé…ultérieurement ».

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