Stéphanie, auxiliaire de vie: « mon métier est beau mais doit être revalorisé »

PARIS, 28 avril 2020 (AFP) – « Je ne considère pas que j’ai un métier ingrat mais puisqu’il semblerait qu’il soit essentiel en cette période de pandémie, il faudrait être payé en conséquence », confie Stéphanie Amen, auxiliaire de vie depuis 17 ans dans un canton rural de Haute-Corse.

« Je suis à temps complet 35 heures par semaine. D’habitude je fais des heures de ménage. A l’heure actuelle, j’ai récupéré des dossiers de collègues qui se sont mises en arrêt pour garder leurs enfants. Dans mes interventions, je fais du manger ou je fais manger » les personnes âgées dépendantes, les « bénéficiaires » du service d’aide à domicile.

Avec la pandémie, « notre employeur a demandé qu’on se concentre sur les tâches essentielles. Mais on s’adapte aussi aux bénéficiaires: je vais chercher le courrier, je vide les poubelles ou fais le ménage chez une personne qui est en déambulateur et qui ne pourrait pas le faire toute seule ».

Stéphanie Amen résume son travail ainsi: « on fait du lien social: on évite que les personnes dépendantes se retrouvent complètement isolées. Elles voient des infirmières, qui s’occupent de leur toilette. On est souvent leur deuxième visite de la journée. Même si le temps d’intervention a été réduit, on reste une heure et demie minimum ».

Le regard des autres a-t-il changé ? « Je ne me suis jamais sentie non reconnue. Je suis sur un petit canton, avec une petite population qui me connaît. J’ai le respect des infirmières, du docteur ».

« Dans les villes peut-être que le regard va changer: on s’aperçoit qu’on n’est pas seulement des femmes de ménage… »

Les applaudissements, qui retentissent tous les soirs à 20H00 ? « Ca ne donne pas du pain sur la table. J’espère qu’après, les gens respecteront davantage les caissières, les routiers, tous ces gens qui continuent de travailler sur le terrain et de prendre des risques. Tous ces métiers essentiels, il semblerait… »

« Mon métier est beau mais il n’est pas bien rémunéré pour le travail que nous faisons. On nous pousse de plus en plus à faire du chiffre. On nous réduit les interventions: tant de temps pour tel acte. Ce n’est pas comme cela qu’on devrait réfléchir. Je considère que si on veut apporter l’aide au mieux, il faut respecter le bénéficiaire qui a besoin de temps et respecter le salarié qui doit être payé en conséquence. Il faut revaloriser les salaires, et pas de vingt balles par mois. »

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