Sur fond de Brexit, les dirigeants de l’UE promettent une Europe plus sociale

 GÖTEBORG, 17 novembre 2017 (AFP) – Les dirigeants européens ont promis vendredi de donner un visage plus social à l’UE pour combattre l’euroscepticisme, lors d’un sommet en Suède où ils ont mis Theresa May sous pression pour avancer dans les négociations sur le Brexit.

Même si les chefs d’Etat et de gouvernement présents à Göteborg ont affiché leur détermination à ne pas laisser ce sommet social être phagocyté par les discussions sur le divorce du Royaume-Uni, le Brexit a été au coeur de plusieurs entretiens bilatéraux.

Le président du Conseil européen Donald Tusk a ainsi donné aux Britanniques jusqu’à « début décembre au plus tard » pour progresser dans la première phase des négociations sur le Brexit, afin d’envisager de passer aux discussions sur la future relation à la fin de l’année.

M. Tusk a précisé que l’UE ne donnerait son feu vert à l’occasion d’un sommet à 27 mi-décembre que si des avancées supplémentaires étaient constatées sur la question de la frontière irlandaise et du règlement financier du Brexit.

La Première ministre britannique, qui a rencontré en tête à tête notamment Donald Tusk et le président français Emmanuel Macron en marge du sommet, a estimé que « de bons progrès ont été faits, mais qu’il faut encore en faire davantage ».

Mme May faisait partie des 25 dirigeants européens présents à Göteborg sur 28, même si son pays, qui s’apprête à quitter l’UE le 29 mars 2019, a toujours été farouchement opposé à une trop grande implication de l’Union dans le domaine social.

Parmi les absents à Göteborg, la chancelière allemande Angela Merkel, en pleines négociations pour former un nouveau gouvernement de coalition.

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, à qui l’on demandait si le départ des Britanniques allait permettre à l’UE de mener une politique plus sociale, a reconnu que « le Royaume-Uni avait bloqué plus souvent que d’autres les directives à caractère social », mais il a laissé entendre que son retrait ne rendrait pas forcément les choses plus simples à l’avenir.

– ‘Les citoyens d’abord’ –

Pour les dirigeants de l’Union, il apparaît en tout cas essentiel de remettre la politique sociale au coeur de leur action au moment où l’économie européenne confirme sa reprise.

A 18 mois des élections européennes, l’heure leur semble grave car les courants eurosceptiques ont le vent en poupe dans l’UE, comme en témoignent les résultats de récentes élections en Allemagne, en Autriche et en France.

« Nous avons observé une inquiétude croissante parmi les gens et une méfiance grandissante concernant les solutions politiques », a relevé le Premier ministre suédois Stefan Löfven, hôte du sommet, avant de plaider: « Il est temps pour nous de remettre les citoyens au centre des préoccupations de l’UE, car l’Union, c’est nos citoyens d’abord ».

Point d’orgue du sommet: la signature par les 28 Etats membres d’une grande déclaration contre le dumping social, baptisée « Socle européen des droits sociaux », certes sans portée légale mais censée au moins donner un signal aux peuples que les plus démunis d’entre eux ne sont pas oubliés.

La déclaration de Göteborg égrène vingt principes et droits supposés être respectés sur tout le continent européen, comme le droit à l’enseignement et à l’orientation professionnelle, l’égalité des chances et de traitement notamment entre hommes et femmes.

Elle fait aussi mention de « salaires minimum appropriés devant être garantis, à un niveau permettant de satisfaire aux besoins du travailleur et de sa famille compte tenu des conditions économiques et sociales du pays, tout en sauvegardant l’accès à l’emploi et les incitations à chercher un emploi ».

« Mon souhait serait, et nous allons tout faire pour y arriver, que cette déclaration ne reste pas une collection de poèmes, mais qu’au contraire, elle se concrétise par des projets législatifs », a espéré M. Juncker.

Ce dernier a profité de l’occasion pour exhorter les Etats membres et le Parlement européen à adopter certaines initiatives à caractère social encore en suspens.

Les dirigeants de l’UE ont également convenu de tout faire pour que d’ici à 2025, les jeunes Européens maîtrisent deux langues étrangères en plus de la leur, M. Juncker soulignant que sur ce point les Luxembourgeois, qui maîtrisent l’allemand, le français, leur dialecte –un allemand régional teinté de mots français– et généralement l’anglais, donnaient l’exemple.

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