Syndicats et patronat reçus à Matignon pour une rentrée sociale chargée

PARIS, 27 août 2018 (AFP) – Un an après l’adoption des ordonnances réformant le droit du travail, les partenaires sociaux sont reçus à partir de mercredi à Matignon, avides de précisions sur les chantiers potentiellement explosifs de l’automne, comme la nouvelle réforme de l’assurance chômage.

Mi-juillet, syndicats et patronat s’étaient rendus ensemble à l’Elysée pour s’entretenir avec le président de la République des dossiers sociaux, après s’être réunis entre eux de manière inédite, avec le nouveau président du Medef Geoffroy Roux de Bézieux.

Alors que la plupart d’entre eux s’estiment contournés par le pouvoir depuis le début du quinquennat, la vigilance vis-à-vis de l’exécutif reste de mise.

Philippe Martinez (CGT) et Philippe Louis (CFTC) ouvriront le bal à Matignon mercredi après-midi, suivis par Pascal Pavageau (FO), François Hommeril (CFE-CGC) et Geoffroy Roux de Bézieux (Medef) jeudi, et François Asselin (CPME) et Alain Griset (U2P) vendredi. Le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, sera reçu la semaine prochaine.

Le Premier ministre, Edouard Philippe, les recevra en compagnie des ministres du Travail Muriel Pénicaud et de la Santé Agnès Buzyn. Au menu notamment, d’après le courrier envoyé aux partenaires sociaux: « la remise à plat du régime d’assurance chômage » pour qu’il soit « plus cohérent, plus efficace dans la lutte contre la précarité et plus favorable au retour à l’emploi ».

A la surprise générale, lors de son discours devant les parlementaires en Congrès, Emmanuel Macron avait en effet demandé la réouverture des négociations sur l’assurance chômage, malgré l’adoption de la loi « avenir professionnel » début août et une précédente réforme entrée en vigueur en octobre 2017.

Pas demandeurs, les partenaires sociaux ont accepté pour l’instant de jouer le jeu, mais à condition que la lettre de cadrage de la négociation ne soit pas trop contraignante et leur laisse les coudées franches. Cette lettre devrait leur être envoyée après ces rencontres bilatérales.

Afin de lutter contre la précarité, le gouvernement assure que si cette négociation n’aboutit pas sur l’instauration d’un bonus-malus pénalisant les entreprises qui abusent des contrats précaires, il le mettra en place.

Cette menace plane sur le patronat, hérissé par la mesure, depuis le début du quinquennat, puisqu’il s’agit d’une promesse du candidat Macron.

Les partenaires sociaux devront aussi plancher sur les règles d’indemnisation des demandeurs d’emploi en activité réduite, qui permettent de cumuler une allocation en complément d’un petit salaire, et sur une nouvelle allocation pour les chômeurs de longue durée.

– Enrayer l’absentéisme –

La question de l’indemnisation des cadres est aussi revenue dans le débat récemment. Aurélien Taché, député LREM proche de l’exécutif, a ainsi évoqué la possibilité d’une « dégressivité » des allocations pour les cadres supérieurs, estimant que la « justice sociale » ne consistait pas à « couvrir pendant deux ans des gens qui ont de très hauts revenus et pourraient trouver un emploi ».

Dimanche dans le JDD, Edouard Philippe a indiqué n’avoir aucun « tabou » et s’est dit près à « en discuter ».

Une idée « stupide », a rétorqué le numéro un de FO, Pascal Pavageau lundi.

De manière générale, Matignon indique que « la concertation avec les organisations syndicales est primordiale, à la fois pour les tenir informées de notre agenda social et les écouter ».

Autre sujet de discussion: la santé au travail — un rapport sur ce thème sera remis mardi — et « l’organisation du système d’indemnisation des arrêts maladie ».

S’il a écarté l’idée, combattue par le patronat, d’un « transfert brutal » du financement des arrêts de courte durée de la sécurité sociale vers les entreprises, Edouard Philippe souhaite que les partenaires sociaux trouvent des solutions pour que l’absentéisme cesse d’augmenter.

Mais le projet, révélé début août par Les Echos, de mettre à la charge des entreprises quatre jours d’indemnités journalières pour les arrêts d’une semaine, n’est peut-être pas définitivement enterré. Opposée à cette mesure, la ministre du Travail Muriel Pénicaud avait suggéré, selon une lettre révélée par L’Express, de la présenter « comme une solution ultime au cas où les partenaires sociaux ne trouveraient pas une autre source d’économies par la négociation ».

Et après les annonces faites ce week-end, entre autres sur les prestations sociales (retraites, APL et allocations familiales) qui suivront une évolution bien en deça de l’inflation, les partenaires sociaux auront sans doute moult autres questions à poser au Premier ministre.

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