Syndicats « réformistes » et « opposants »: l’autre bras de fer de la réforme des retraites

PARIS, 16 décembre 2019 (AFP) – Question de « justice sociale » pour la CFDT ou la CFTC, « mauvaise réforme », voire « un monstre » pour la CGT ou FO: même s’il va présenter un front uni mardi, le monde syndical campe sur deux visions irréconciliables d’un système de retraites universel par points

Mardi, les principaux syndicats (CFDT, CGT, FO, CFE-CGC, CFTC, FSU, Solidaires, Unsa) et organisations de jeunesse (Unef, MNL, Fidl, UNL, Fage) appellent tous à une journée de mobilisation. Une première depuis le début de la contestation contre cette réforme.

Le déclencheur de ce front uni: la décision du gouvernement d’instaurer un « âge d’équilibre » à 64 ans, « ligne rouge » pour les « réformistes », menés par la CFDT, qui ont basculé dans la contestation alors qu’ils soutiennent le principe d’un système « universel » de retraites. Seule la CFTC n’est pas « complètement » fermée à l’âge pivot, mais pas aux conditions détaillées la semaine dernière par le Premier ministre.

Paradoxalement, la manifestation parisienne à l’appel de tous les syndicats braquera aussi les projecteurs sur la division syndicale, entre d’un côté les soutiens du principe d’un système « universel » par points (CFDT, CFTC, Unsa) et les opposants (CGT, FO, CFE-CGC, FSU, Solidaires).

Il n’y aura pas de photo de groupe des leaders syndicaux ensemble dans le carré de tête car les deux camps vont défiler séparément, bien que sur le même parcours, de la place de la République à celle de la Nation. Et juste avant le top départ, deux conférences de presse séparées sont prévues.

« Nous ne sommes pas sur les mêmes positions », a résumé lundi sur France Info Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, premier syndicat français, précisant que « ça ne fait de nous ni des ennemis, ni des partenaires de la réforme des retraites ».

Sur le fond, la CFDT milite depuis 2010 pour une réforme « systémique universelle par points », qui serait « plus juste » et « plus lisible » que les 42 régimes actuels.

« C’est une conception de justice sociale », selon M. Berger, convaincu que la réforme permettra de « compenser les carrières hachées », notamment celles « des femmes, pour qu’elles puissent partir dans de bonnes conditions, au lieu d’attendre 67 ans ».

– « Mobilisation en janvier » –

Même position de la CFTC (5e syndicat), qui revendique aussi un « régime social universel d’activité » depuis des années. Alliée historique de la CFDT, l’Unsa (syndicat non représentatif) n’est pas demandeuse d’une réforme « systémique » mais elle reste dans les rangs, réclamant « des ajustements » car le système actuel « peut paraître illisible et injuste (mode de calcul des pensions, périodes cotisées non prises en compte, droits familiaux et droits à la réversion différents) ».

Le ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer a assuré dimanche que « l’âge d’équilibre » ne serait pas « un totem » de la réforme

En attendant, les syndicats soutenant le principe de la réforme veulent des améliorations sur la pénibilité, un minimum de pension supérieur à celui annoncé et des engagements pour les fonctionnaires, M. Berger agitant la menace d’une nouvelle mobilisation en janvier.

Dans le camp des opposants, le discours est tout autre.

« Cette réforme, elle est mauvaise, car globalement, tout le monde va y perdre », répètent depuis quelques semaines en choeur Philippe Martinez (CGT), Yves Veyrier (FO) et François Hommeril, de la CFE-CGC – longtemps cantonnée dans le camp des « réformistes ».

Et contrairement à ce que pense la CFDT et ce que promet le gouvernement, « les carrières incomplètes vont être particulièrement touchées », estime M. Hommeril, considérant la future réforme « dangereuse », tout comme M. Veyrier qui la qualifie également de « monstre » .

La CGT ne souhaitant pas être cataloguée au rang des syndicats qui « disent seulement non », elle propose de longue date autre chose: « pour améliorer le système actuel, le meilleur au monde »: la retraite à 60 ans et la prise en compte des 10 meilleures années. Ce projet coûterait « près de 100 à 120 milliards d’euros sur une dizaine d’années », selon M. Martinez.

« C’est rien pour un pays comme la France, qui s’occupe de ses citoyens pour les maintenir en bonne santé, qui se félicite que la retraite soit un moment paisible, en bonne santé », a-t-il affirmé sur RFI lundi.

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