Télémédecine: les ophtalmos n’ont pas vu les résultats attendus

PARIS, 19 janvier 2018 (AFP) – Les ophtalmologistes ont été les premiers médecins à tester la télémédecine remboursée par la Sécu, mais leur principal syndicat a constaté vendredi que les objectifs sont loin d’être atteints et pointé un « décalage entre les paroles et les actes » de l’Assurance maladie.

Depuis mars 2014, la Sécu prend en charge le dépistage à distance de la rétinopathie diabétique: un ophtalmologiste pose son diagnostic à partir de photographies du fond de l’oeil du patient réalisées par un orthoptiste.

Près de quatre ans plus tard, cette pratique « concerne seulement 6.000 patients sur les 600.000 attendus », a affirmé Thierry Bour, président du Syndicat national des ophtalmologistes (Snof), lors d’une conférence de presse.

Ce constat a été dressé au lendemain de l’ouverture d’une négociation entre l’Assurance maladie et les syndicats de médecins libéraux sur la télémédecine, dont le gouvernement souhaite le remboursement afin de lutter contre les déserts médicaux.

Le résultat décevant observé chez les spécialistes de l’oeil est en partie lié aux tarifs fixés (17,42 euros pour l’orthoptiste, 11,30 euros pour l’ophtalmologiste), signe de « la mauvaise volonté de l’Assurance maladie » à l’époque, expliqué M. Bour.

Autre écueil, la procédure encadrant cet acte de télémédecine « n’est pas adaptée à la vraie vie », le Snof demandant « des protocoles plus souples ».

S’y sont ajoutés « des problèmes de facturation » et « une série de tracasseries qui ont fait que ça ne marchait pas », a complété M. Bour, déplorant « le décalage entre les paroles et les actes » d’une Assurance maladie « debout sur les freins pour que ça ne se développe pas trop vite ».

Le syndicat s’inquiète par ailleurs de l’entrée en vigueur d’une autre mesure censée réduire les délais d’attente pour les patients: la possibilité que les ophtalmologistes confient à n’importe quel orthoptiste (salarié ou libéral) les renouvellements de lunettes et lentilles.

Ne reste pour cela qu’à « définir les modalités de facturation » entre les deux professions, mais là encore l’Assurance maladie « fait traîner le processus en longueur », a dénoncé le président du Snof, redoutant que « la mise en place (soit) repoussée de plus de six mois ».

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