« Territoires zéro chômage »: en Bretagne, les candidats attendent le top départ

RENNES, 26 juillet 2016 (AFP) – En Bretagne, à Pipriac et Saint-Ganton, tout est prêt: la centaine de candidats à l’emploi n’attend plus que la signature d’un décret et le déblocage des fonds pour obtenir enfin un CDI dans une « entreprise à but d’emploi » (EBE).

Le Parlement a adopté en février une loi visant à expérimenter sur cinq ans des « territoires zéro chômage de longue durée » dans dix petits secteurs semi-urbains ou ruraux, dont celui de Pipriac/Saint-Ganton (Ille-et-Vilaine).

Portée initialement par l’association ATD Quart Monde, l’idée est d’y créer des emplois en CDI sur des activités inexistantes bien qu’utiles à la société… mais insuffisamment rentables selon les critères économiques.

« Ce projet donne de l’espoir. Mais, en ce moment, on attend les fonds et c’est un peu dur », témoigne Charlotte Marand, 22 ans, la benjamine des futurs salariés des EBE, pour la plupart agés de plus de 50 ans.

Elle se contente actuellement de quelques heures de ménage par semaine. « Comme j’ai moins de 25 ans, je n’ai droit à aucune aide (…) Avec un emploi au Smic, je vais pouvoir trouver un appartement et partir de chez mes parents », rêve déjà la jeune femme.

Le financement du projet va venir en grande partie du transfert des sommes affectées au chômage de longue durée dont le coût pour la collectivité est évalué, selon ATD, entre 15.000 et 20.000 euros par personne et par an.

A Pipriac et Saint-Ganton, plusieurs dizaines de personnes sont mobilisées depuis bientôt deux ans. Dans ce secteur de 4.125 habitants, Pôle emploi a recensé 150 chômeurs de longue durée. Les suppressions d’emplois ces dernières années, dans la sous-traitance automobile notamment, ont laissé des traces. Le déficit de transports en commun fait le reste.

« On est arrivé à 120 personnes potentiellement intéressées par le projet et on table, au final, sur une centaine », explique Denis Prost, permanent d’ATD sur le secteur. « Ici, une personne au chômage n’a aucune garantie de trouver un emploi alors qu’il y a plein de choses à faire », insiste Franck Pichot, président du Point accueil emploi (PAE).

– ‘petits jobs’ –

Composé de futurs salariés et d’acteurs locaux, dont les entreprises, le comité de pilotage a planché sur tous les aspects du projet, y compris juridiques.

A Saint-Ganton, 425 habitants, une commission spécifique de six personnes a répertorié les tâches à réaliser dans la commune qui, en raison de ses modestes finances, n’emploit qu’une personne.

« On a trouvé près de 120 petits jobs » qui vont du plus lourd -mettre dans les trois ans tous les bâtiments publics aux normes pour l’accès des personnes handicapées- au plus simple -faire la lecture aux personnes âgées-, souligne le maire, Philippe Louët. « Ça sera une meilleure qualité de vie pour tout le monde », résume-t-il.

Les défis à relever ne douchent pas l’enthousiasme. « On a de quoi faire travailler toutes les personnes rencontrées », une des conditions pour être éligible à l’expérience, se réjouit Denis Prost. Car, plus globalement, les secteurs d’activité recensés vont du recyclage à la réparation, l’entretien des espaces verts, au soutien administratif ou informatique, en passant par les petits services à la personne, hors dépendance.

Mais le tout, autre défi, sans concurrence déloyale envers les activités existantes. « On essaie d’être complémentaires et d’établir des partenariats avec les entreprises sans empiéter sur leur créneau », insiste Denis Prost.

Avec, en ligne d’horizon, d’aider ces salariés « à retrouver un emploi en circuit classique dans quelques mois ou quelques années. On place les gens comme le territoire dans une dynamique », souligne Franck Pichot.

Une fois les fonds débloqués et le décret signé, le dossier de candidature sera déposé auprès du Fonds d’expérimentation nationale contre le chômage de longue durée… avec l’espoir de pouvoir enfin débuter d’ici la fin de l’année.

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