« Terroristes », « voyous » : Gattaz jugé pour diffamation envers la CGT

BOBIGNY, 14 décembre 2016 (AFP) – En plein conflit sur la loi travail, le patron du Medef avait comparé des militants CGT à des « terroristes » et des « voyous » : assigné par le syndicat, Pierre Gattaz comparaît jeudi devant le tribunal de Bobigny pour diffamation.

Fin mai, alors que la fronde contre la loi El Khomri s’apprête à entrer dans son quatrième mois, le patron des patrons accorde un entretien au journal Le Monde. Le quotidien titre : « La charge de Pierre Gattaz contre la CGT : +Ils se comportent comme des voyous+ ».

Dans l’interview, le représentant du patronat appelle le gouvernement à « ne pas céder au chantage, aux violences, à l’intimidation, à la terreur », estimant que c’est « visiblement » « la conception du dialogue social » de la CGT. « Faire respecter l’Etat de droit, c’est faire en sorte que les minorités qui se comportent un peu comme des voyous, comme des terroristes ne bloquent pas tout le pays », lance-t-il.

La riposte de la première centrale syndicale du pays ne se fait pas attendre : son leader, Philippe Martinez, annonce son intention de porter plainte pour diffamation. Le 2 juin, la CGT assigne Pierre Gattaz en justice et lui réclame 10.000 euros de dommages et intérêts.

Dans la classe syndicale, comme politique, les réactions indignées se succèdent. « Tout le monde sait ce que c’est un terroriste malheureusement dans ce pays (…), il ne faut pas confondre les choses », réagit Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, alors en conflit ouvert avec la CGT.

Au-delà de la pluie de critiques des partis de gauche, le gouvernement condamne lui aussi ces propos: « pas acceptables » pour le Premier ministre Manuel Valls, « choquants » pour la ministre du Travail Myriam El Khomri.

Le lendemain, Pierre Gattaz fait machine arrière.

« Ce mot a été mal compris et peut choquer, notamment les personnes qui ont été touchées par les événements récents qui ont endeuillé notre pays (…) Ce n’était évidemment pas mon intention. Le mot terrorisme était donc inadapté dans ce contexte », reconnaît-il. Tout en maintenant que « les méthodes de voyous employées par la CGT doivent cesser ».

« La CGT n’a aucun rapport » avec les violences « commises par un très petit nombre d’individus en marge des manifestations », affirme son avocat dans la citation à comparaître adressée au parquet de Bobigny. Me Emmanuel Gayat dénonce « une campagne de calomnies » à l’égard de la CGT, qui « atteint son paroxysme dans le journal Le Monde daté du 31 mai ».

Contacté par l’AFP, l’avocat de Pierre Gattaz, Dominique de Leusse, a dit « réserver ses explications au tribunal ».

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