« Travailler davantage » ?: travailler « tous » mais dans des conditions modulables, selon le gouvernement

PARIS, 15 juin 2020 (AFP) – « Travailler et produire davantage » pour relancer l’économie: l’appel du président de la République suscite de nombreuses interrogations que différents membres du gouvernement ont tenté d’éclaircir lundi.

Pour redresser l’économie, il faudra « travailler et produire davantage », a prévenu dans son allocution dimanche Emmanuel Macron, et ce, « alors même que notre pays va connaître des faillites et des plans sociaux multiples en raison de l’arrêt de l’économie mondiale ».

Le président « n’a vraiment pas dit grand-chose (…) alors qu’on a besoin aujourd’hui de redémarrer l’économie autrement que de la façon dont on l’a laissée », a taclé l’économiste Thomas Piketty, lundi sur France Inter.

Pour les membres du gouvernement, l’injonction à travailler plus signifie d’abord qu’il faudra permettre au plus grand nombre possible de personnes de travailler.

« La lecture est très simple: il faut que nous travaillions tous », a estimé lundi sur France Info le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, qui a écarté l’hypothèse de demander aux Français de renoncer à des jours de congés.

L’un des principaux enjeux dans les mois à venir sera notamment de faire en sorte que les jeunes qui arrivent sur le marché du travail puissent s’y insérer, malgré un contexte rude de hausse du chômage, qui devrait dépasser le taux de 10% à la fin de l’année.

Une interprétation approuvée par Laurent Berger, si elle se confirmait. « Si le ‘travailler plus’ c’est travailler tous et mieux (…) tant mieux, on peut discuter », a commenté sur RTL le secrétaire général de la CFDT. En revanche, s’il s’agit de faire travailler plus les personnes déjà en emploi, « ce serait totalement inepte », a-t-il complété.

– Moduler le temps de travail –

Sujet politiquement très sensible, le temps du travail apparaît comme une variable d’ajustement pour sortir de la crise.

Pas question pour le gouvernement d’adopter une mesure générale, mais il rappelle que les entreprises peuvent s’appuyer sur différentes lois pour s’adapter à des circonstances particulières.

« On ne va pas décider du temps de travail des Français », a déclaré sur BFM TV/RMC le ministre des Comptes publics Gérald Darmanin. « Chaque entreprise décide », a-t-il complété, soulignant qu’on pouvait « moins travailler » au sein d’une entreprise lorsque les commandes étaient moins nombreuses mais qu’il faudrait « travailler davantage » dans la situation inverse.

Mathieu Plane, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), estimait fin mai qu’à « situation exceptionnelle, il faut avoir une réponse exceptionnelle et temporaire », quelle qu’elle soit.

Travailler en produisant davantage signifie également que « nous devons être capables, dans les entreprises, d’améliorer notre compétitivité dans un moment où ça va être difficile », a estimé lundi sur France Inter la porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye, qui appelle les entreprises à négocier des accords pour traverser les périodes difficiles.

Les groupes peuvent notamment mettre en place des « accords de performance collective », rendus possibles par les ordonnances réformant le Code du travail de 2017, au tout début de quinquennat.

Ce dispositif, qui a notamment remplacé les « accords de maintien de l’emploi », vise à « préserver » ou « développer » l’emploi. Il permet d’aménager la durée du travail, la rémunération et déterminer les conditions de la mobilité professionnelle ou géographique interne à l’entreprise.

A défaut de précisions, l’accord est valable cinq ans. En cas de refus, le salarié est licencié.

Les efforts doivent être réalisés « de part et d’autre », juge Mme Ndiaye, tout en précisant que l’Etat peut également y contribuer. « Une entreprise qui est en difficulté et qui s’engage par exemple à ne se séparer d’aucun de ses salariés en maintenant une activité partielle, l’État peut venir accompagner cette activité partielle », a-t-elle décrit.

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