Uber tend un rameau d’olivier à ses chauffeurs en France

PARIS, 1 décembre 2016 (AFP) – La plateforme de réservation de VTC Uber va augmenter ses tarifs en France, une décision visant à regagner la confiance des chauffeurs qui dénonçaient une dégradation de leurs revenus depuis une baisse unilatérale il y a un an.

L’annonce d’Uber intervient au moment où le Parlement s’apprête à adopter la loi Grandguillaume qui vise à « pacifier » les relations dans le transport public de la personne, notamment entre taxis et VTC (voitures de transport avec chauffeur), lutter contre l’emprise des plateformes sur les chauffeurs et durcir l’accès à cette dernière profession.

Concrètement, « à partir du 8 décembre 2016, les prix proposés via (le service classique) UberX vont augmenter de 10 à 15% » avec des nuances selon la rapidité du trajet, a expliqué Uber jeudi sur son site internet.

La plateforme assortit cette annonce d’une modification d’un aspect de son service sur lequel elle avait été attaquée par la concurrence: « dans le Grand Paris, le prix des courses sera connu à l’avance. Finie l’incertitude ».

Uber a néanmoins relevé de cinq points la commission qu’elle prélève sur les prix des courses, à 25%, un niveau appliqué selon elle « dans pratiquement toutes les villes du monde où UberX est présent ».

Elle a affirmé avoir mené « plusieurs mois de discussion avec des chauffeurs à titre individuel, avec des associations de chauffeurs et avec des syndicats comme la CFDT ».

« Pour 2017, notre priorité est d’améliorer la condition des chauffeurs (…) En France, la réflexion continue notamment sur les évolutions du statut de travailleur indépendant et l’amélioration de leur protection sociale », a assuré l’entreprise, par ailleurs visée par des poursuites de l’Urssaf pour requalifier les chauffeurs en salariés.

« L’impact pour les passagers sera modéré, mais cela permettra à leurs chauffeurs de faire face à l’augmentation de leurs coûts ces derniers mois », a argumenté Uber.

Le 7 octobre 2015, Uber avait réduit de 20% les tarifs de ses courses à Paris. A l’époque, dans un contexte de guerre des prix entre plateformes mais aussi avec les taxis, la société avait assuré que les chauffeurs s’y retrouveraient par une hausse de leur activité.

– « Fumisterie » –

Mais cette décision avait provoqué une vague de protestation parmi les chauffeurs qui pointaient une dégradation de leurs conditions de travail.

Bertrand Altmayer, co-fondateur de la plateforme de VTC française Marcel, a salué la remontée des tarifs d’Uber, alors qu’il avait refusé de s’aligner sur ceux-ci il y a un an.

« On est convaincu que pour qu’un chauffeur puisse vivre dignement, le prix de revient net d’une course devait être nettement supérieur à ce que proposait Uber auparavant », a-t-il expliqué à l’AFP. « On va enfin être à armes égales et arrêter ce dumping artificiel, pour nous c’est une très belle opportunité ».

Même avis chez son concurrent Yanis Kiansky, PDG d’Allocab. « Si on veut avoir un client bien servi, il faut avant tout lui envoyer un chauffeur content de travailler, c’est-à-dire qui gagne bien sa vie », a-t-il déclaré à l’AFP.

« C’est une victoire pour les chauffeurs (…) Uber s’aligne sur les tarifs des acteurs français parce qu’ils ont besoin de réhausser leur qualité de service », a-t-il estimé.

Côté syndical, le secrétaire général du SCP/VTC (affilié à l’Unsa), Sayah Baaroun, a parlé d’un « coup d’annonce (qui) ne nous intéresse pas » . »Sur chaque course on gagne 50, 60, 90 centimes. Mais par contre, Uber se gave » en augmentant sa commission, a-t-il dénoncé.

Pour Jean-Claude Resnier, président de l’association des VTC de France, « c’est de la fumisterie ». « Tant qu’ils n’auront pas une tarification supérieure à celle du taxi, qu’ils ne baisseront pas leur marge de façon à pouvoir faire travailler des partenaires ou des salariés correctement et dans la légalité, en payant leurs charges, leur TVA et leurs impôts sur le territoire français, je serai contre », a-t-il lancé.

L’annonce d’Uber intervient alors qu’une mobilisation de chauffeurs mécontents est programmée le 15 décembre devant le siège parisien de l’entreprise.

La Loi Grandguillaume, adoptée en première lecture au Sénat le 3 novembre, sera à nouveau examinée le 19 décembre à l’Assemblée nationale et en janvier au Sénat pour un vote définitif.

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