Un nouveau record du chômage pour terminer l’année 2015

PARIS, 27 janvier 2016 (AFP) – Un nouveau record du chômage, mais une année 2015 moins mauvaise que les précédentes: A 15 mois de la présidentielle, le gouvernement espère que tous les voyants passeront enfin au vert en 2016, année cruciale pour François Hollande.

Après une baisse en novembre, le nombre de demandeurs d’emploi sans activité a augmenté de 15.800 personnes (+0,4%) en décembre, concluant l’année sur un record de 3,59 millions de chômeurs en métropole, a annoncé mercredi le ministère du Travail.

Le chômage atteint également des records en incluant les demandeurs d’emploi ayant exercé une activité au cours du mois – 5,48 millions (+0,6% sur un mois) – et l’outre-mer – 5,78 millions (+0,6%).

Selon Myriam El Khomri, ministre du Travail, ces mauvais résultats traduisent « notamment les effets de la baisse d’activité enregistrée par plusieurs secteurs dans le contexte que nous avons connu en novembre et décembre ». Les attentats sanglants qui ont touché Paris le 13 novembre ont provoqué de fortes baisses d’activité dans des secteurs comme le tourisme, l’hôtellerie et la restauration.

Ces derniers mois, l’indicateur de Pôle emploi a connu de fortes variations, mais au-delà des évolutions mensuelles, réputées très volatiles, la courbe du chômage révèle une réelle tendance à la hausse, avec 42.800 chômeurs de plus en catégorie A (sans activité) en métropole au 4e trimestre.

Selon une analyse récente de la Dares, le service des statistiques du ministère, les chiffres de Pôle emploi sont révélateurs d’une tendance de fond à partir d’une évolution trimestrielle de 35.000.

Un motif d’optimisme, toutefois: Pôle emploi a enregistré sur l’ensemble de l’année 2015 sa plus faible hausse du chômage depuis 2010, avec 89.900 chômeurs supplémentaires (+2,6%).

« Cette inflexion de la hausse des inscriptions vient d’un retour mou de la croissance, mais cela reste insuffisant pour faire baisser le chômage », analyse Bruno Ducoudré, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).

L’année 2015 a notamment vu la situation des jeunes s’améliorer nettement (-21.900, -4,0%), malgré un coup d’arrêt en décembre (+0,7%).

Les seniors, en revanche, voient leur situation se dégrader inexorablement (+0,6% sur un mois, +8,4% sur un an).

– Baisse ‘un peu artificielle’ –

Autre point noir: le chômage de longue durée, qui continue de gagner du terrain. Fin 2015, 2,47 millions de demandeurs d’emploi, petite activité comprise, étaient inscrits à Pôle emploi depuis plus d’un an, un chiffre en hausse de 0,8% en décembre et de 9,5% sur l’année.

Le gouvernement veut combattre ce fléau par la formation professionnelle. Il va mobiliser un milliard d’euros, dans le cadre de son plan « d’urgence » pour l’emploi, pour permettre à 500.000 chômeurs supplémentaires de se former aux métiers d’avenir (numérique, environnement…) ou aux métiers en pénurie de main d’oeuvre.

Ce dispositif, qui ciblera les moins qualifiés, « peut avoir un effet statistique sur les inscriptions à Pôle emploi », estime Bruno Ducoudré. Lorsqu’ils entrent en formation, les chômeurs passent en effet de la catégorie A de Pôle emploi, très commentée, à la catégorie D, qui échappe aux radars médiatiques.

Au-delà de cet baisse « un peu artificielle », les formations pourraient « avoir un effet plus positif si les formations permettent effectivement de pourvoir des offres difficiles à pourvoir », ajoute l’économiste.

Le « plan 500.000 » est complété par une nouvelle prime à l’embauche pouvant aller jusqu’à 4.000 euros sur deux ans, censée inciter les PME à recruter des chômeurs peu qualifiés en contrat durable (CDI ou CDD de plus de six mois). Le ministère du Travail en attend 50.000 créations d’emplois.

François Hollande espère que cet effet se fera sentir dès cette année. Le président a souvent dit qu’il n’aurait pas la légitimité pour briguer un second mandat en 2017 sans baisse « crédible » du chômage en 2016. Depuis son élection, 667.400 chômeurs supplémentaires ont franchi la porte d’une agence Pôle emploi.

Sa ministre du Travail pense justement que « la courbe du chômage s’inversera en 2016 ». Mais le gouvernement annonçait déjà une telle inversion en 2013 et les Français, eux, n’y croient plus, selon de récents sondages.

Selon Bruno Ducoudré, il ne faut pas en tout cas pas s’attendre à une « baisse massive ».

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