Une caravane pour appuyer le redressement industriel et insister sur la formation

LAVAL, 15 janvier 2019 (AFP) – L’industrie française doit « se battre » pour appuyer son « redressement », a déclaré mardi la secrétaire d’Etat à l’Economie Agnès Pannier-Runacher, en lançant une caravane qui va sillonner l’Hexagone pour mettre en valeur l’industrie et insister sur la formation, « mère de toutes les batailles ».

« Il faut répondre aux grands enjeux de l’industrie » et « le combat est loin d’être gagné », a souligné la secrétaire d’Etat lors de ce lancement du « French Fab Tour » à Laval (Mayenne). Elle en a dressé la liste: enjeu des compétences, de l’image de l’industrie, de la modernisation de l’appareil productif, de l’attractivité de la France et plus largement les enjeux industriels à l’échelle européenne.

Mais « la mère des batailles, c’est la bataille des compétences et de la formation », a insisté Agnès Pannier-Runacher lors d’une rencontre avec la presse.

« L’industrie recrute et on n’a pas les compétences aujourd’hui pour répondre à ces besoins. C’est inimaginable, c’est scandaleux », avait-elle auparavant lancé lors de l’inauguration du French Fab Tour.

L’industrie propose actuellement 50.000 emplois qui ne trouvent pas preneur, et globalement le secteur recrute 250.000 personnes par an, selon ses chiffres.

L’enjeu est partagé par les chefs d’entreprise: « 40% ont du mal à (…) recruter et en même temps, nous avons 5 millions de chômeurs », a dit le président de France Industrie, Philippe Varin, en appelant à « un travail d’explication, de pédagogie, notamment auprès des jeunes ».

Ces recrutements concernent « des ingénieurs et des data scientists », mais aussi « des chaudronniers, des soudeurs, des techniciens de production », a observé la secrétaire d’Etat, qui veut donner aux jeunes l’envie de se tourner vers les métiers industriels.

Parmi les initiatives annoncées, une plateforme recensant les possibilités de stages en entreprise pour les collégiens de troisième et un renforcement de la Semaine de l’Industrie à la fin mars.

Bruno Bouygues, PDG de l’entreprise Gys, qui fabrique notamment des générateurs de soudure à Saint-Berthevin dans la banlieue lavalloise, a noté l’importance de la transmission des savoirs, face à « une diminution très rapide des compétences en gestes techniques ».

En matière de formation, il a regretté un « trou dans la raquette », au niveau des techniciens, entre les ingénieurs et les opérateurs, et insisté sur l’ouverture à l’international pour son entreprise qui exporte 50% de sa production.

– réindustrialisation –

Le secteur industriel bénéficie d’une dynamique favorable: « depuis deux ans, il y a un mouvement de réindustrialisation de la France qui est important », a assuré Agnès Pannier-Runacher. L’industrie crée plus de sites qu’elle n’en ferme.

Mais « ce redressement industriel (…) est fragile et c’est précisément parce qu’il est fragile qu’on doit se battre », a-t-elle ajouté.

Cette action est d’autant plus nécessaire, selon la secrétaire d’Etat, que la France est « dans un temps de doute lié à un chômage de masse et à un sentiment de déclassement, et de déclassement aussi des territoires ».

En vingt ans, la France a perdu un million d’emplois dans l’industrie, et « cette perte d’emplois a fait perdre à des territoires des savoir-faire, de la confiance », a-t-elle observé.

« L’industrie est une des clés pour répondre à ce moment de doute », a-t-elle ajouté, en rappelant qu’un emploi industriel créé génère de trois à quatre emplois indirects, et que l’industrie est aussi « un moyen de réactiver l’ascenseur social ».

Pour le directeur général de la banque publique Bpifrance, Nicolas Dufourcq, la France est « en train de rebâtir une industrie qui devrait normalement faire 15% à 20% du PIB » (contre 12% aujourd’hui), mais « cela prendra entre 20 et 30 ans ».

Dans l’immédiat, outre la question de l’emploi, l’industrie doit améliorer son image, souvent liée aux entreprises en difficulté, et renforcer son attractivité vis à vis de l’étranger.

Ce sera l’objet de l’initiative « Choose France » la semaine prochaine en direction d’investisseurs du monde entier, et du déploiement de la bannière « French Fab » à l’international.

Soutenu par Bercy, et appuyé par Bpifrance, France Industrie, l’Alliance Industrie du Futur et les Régions, le French Fab Tour proposera dans une soixantaine de villes des animations en direction du public scolaire, des échanges entre étudiants et industriels et un forum de l’emploi.

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