Unis, les syndicats de cheminots veulent « mettre la pression » sur Matignon

SAINT-DENIS, 25 avril 2018 (AFP) – Les syndicats de la SNCF ont affiché mercredi leur unité et leur volonté de « mettre la pression » sur le Premier ministre Edouard Philippe, en annonçant des rassemblements le 3 mai à Paris et en province, quatre jours avant les rendez-vous de Matignon.

L’intersyndicale CGT-Unsa-SUD-CFDT se réunissait au lendemain de l’annonce de M. Philippe qu’il les recevrait, en même temps que leurs responsables confédéraux, le 7 mai en réunions bilatérales. Une invitation à « mettre au crédit du rapport de force », a redit mercredi Laurent Brun (CGT-cheminots).

Le chef du gouvernement devra « clarifier » une réforme ferroviaire « brouillonne » et « très idéologique », a résumé devant la presse le responsable du premier syndicat de la SNCF, depuis le siège de la CFDT-Cheminots à Saint-Denis.

« Nous n’imaginons pas que le Premier ministre nous convoque pour nous dire que rien ne changera et que les négociations sont closes », a-t-il poursuivi. Les syndicats veulent « avoir affaire à celui qui a le dossier en main » et « enfin » négocier « sur la base d’un projet viable » socialement et économiquement, a ajouté Erik Meyer de SUD-rail.

Pour eux, les rencontres à Matignon sont l’occasion de repartir d’une feuille blanche. Mais pas pour le gouvernement, qui présente l’événement comme la suite logique des concertations menées depuis deux mois.

« C’est la +phase deux+ qui va s’ouvrir le 7 mai à Matignon, en présence du Premier ministre et de la ministre des Transports (Élisabeth Borne) qui aura ensuite la responsabilité des suites de la discussion », a déclaré le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, mercredi sur France Bleu Alsace.

L’exécutif écarte toute « reprise en main » du dossier SNCF par Matignon. Si Edouard Philippe s’implique, explique-t-il, c’est uniquement parce que les débats se focaliseront sur la question de la dette du groupe ferroviaire.

« On passe à une nouvelle étape avec notamment tout l’enjeu des équations financières du secteur », a développé Mme Borne mercredi face à la presse. « Chacun est dans son rôle et la réforme avance », a-t-elle répondu.

– « Good luck! » –

L’Etat s’est engagé à reprendre progressivement, à partir du 1er janvier 2020, une partie « substantielle » de la dette de SNCF Réseau, qui était de 46,6 milliards d’euros fin 2017 et continue de s’alourdir.

Les syndicats iront à Matignon avec l’ambition de modifier cet ordre du jour.

Pour « mettre la pression sur le gouvernement » d’ici-là, ont-ils annoncé mercredi, des rassemblements seront organisés le 3 mai, à Paris et en régions. Une « journée sans cheminot » est aussi prévue le 14 mai si leurs revendications unitaires ne sont pas entendues.

Le jeudi 3 mai et le lundi 14 mai correspondent à des jours où la grève était déjà prévue dans le cadre de la mobilisation menée par épisodes sur un rythme de deux jours tous les cinq jours.

« On ne baisse pas la garde », a prévenu Didier Aubert de la CFDT-Cheminots, alors que le président de l’Assemblée nationale François de Rugy (LREM) a invité mercredi les syndicats à « suspendre la grève ».

La réforme ferroviaire, qui prévoit notamment la transformation de la SNCF en société anonyme à capitaux publics et l’arrêt de l’embauche des cheminots au statut, est présentée comme un marqueur de la politique d’Emmanuel Macron.

Dans un entretien accordé en anglais à la chaîne américaine Fox News, diffusé dimanche, le président a répété qu’il n’était « pas question » (« no chance ») de revoir une réforme présentée comme indispensable.

« Le président a dit +no chance+, nous on lui dit +good luck+ (bonne chance, NDLR)! », a plaisanté Didier Aubert, évoquant une possible prolongation de la grève durant l’été.

Plus mesuré, Laurent Brun a répété que ce n’était pas à l’ordre du jour. Mais les cheminots « n’hésiteront pas, s’ils doivent en arriver là, à poursuivre plus longtemps que prévu », a-t-il prévenu.

Pour l’instant, « c’est le gouvernement qui se projette dans le maintien du conflit ». « La balle est dans son camp », a-t-il conclu.

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