Urgences: manifestation à Paris, Buzyn propose une « stratégie d’ensemble »

PARIS, 6 juin 2019 (AFP) – Contrainte de réagir après plus de deux mois de crise des urgences hospitalières, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a promis jeudi une « stratégie d’ensemble » pour refonder le secteur sans satisfaire les personnels qui manifestaient à Paris.

Plus de 200 manifestants des services d’urgences, rassemblés vers la place Montparnasse, ont commencé à défiler vers 14H00 à l’appel du collectif Inter-Urgences soutenu par les syndicats CGT, SUD et FO et l’Association des médecins urgentistes de France (Amuf).

Les manifestants, dont certains brandissaient une pancarte « Soignants méprisés, patients en danger », se sont dirigés vers le ministère de la Santé où une délégation doit être reçue par le cabinet de Mme Buzyn.

« Les urgences sont en détresse, je le sais », avait précédemment déclaré la ministre lors d’une visite aux urgentistes réunis en congrès à Paris.

Consciente de la « colère » et du « découragement » de la profession, Mme Buzyn a annoncé avoir confié une mission au Conseil national de l’urgence hospitalière (CNUH) et au député (LREM) Thomas Mesnier pour « adapter nos urgences aux nouveaux besoins ». Celle-ci devra aboutir à un rapport à l’automne, à l’issue d’une concertation incluant médecins et paramédicaux.

D’ici là, la ministre entend activer plusieurs leviers pour répondre au mécontentement matérialisé par le mouvement de grève démarré mi-mars à Paris et étendu depuis à 80 services dans toute la France, selon le collectif Inter-Urgences, qui réclame des hausses salariales de 300 euros nets par mois et plus d’effectifs.

Mme Buzyn a ainsi souhaité, sans donner de chiffre ni annoncer de budget supplémentaire, « que l’on accompagne sur un plan financier, plus directement et plus spontanément, les établissements qui font face à un surcroît d’activité et à des afflux exceptionnels ».

Elle s’en remet pour cela aux agences régionales de santé (ARS), qui devront orienter des crédits spécifiques vers les services concernés, mais aussi rénover les locaux « vétustes ».

Pour les personnels paramédicaux, la ministre s’est engagée à inciter les hôpitaux à « mobiliser plus largement » une prime de risque existante, de près de 100 euros brut par mois. Elle a aussi promis l’instauration d’une prime de coopération pour les soignants à qui les médecins délégueront certaines tâches.

Enfin, elle recevra les urgentistes mi-juin pour préparer la période estivale, « souvent critique » pour leurs services.

– « Vaste blague » –

Autant de mesures jugées « insuffisantes par rapport aux revendications des personnels dans la rue aujourd’hui », a réagi pour l’AFP Hugo Huon, infirmier et membre du collectif Inter-Urgences.

« Je suis très déçu », a abondé Patrick Pelloux, emblématique président de l’Amuf, pour qui « le gouvernement ne mesure pas l’ampleur de la contestation ».

L’urgentiste et cégétiste Christophe Prudhomme a de son côté fustigé « une vaste blague »: « créer une mission, c’est pour enterrer le problème ».

La pression n’a cessé de monter ces derniers jours sur la ministre. Mercredi, l’Ordre des médecins avait réclamé « une concertation d’urgence » après « des réquisitions préfectorales » qui ont « suscité de l’émotion », notamment à Lons-le-Saunier (Jura), où les gendarmes sont venus solliciter des soignants en pleine nuit la semaine dernière.

Une mesure rendue nécessaire par « l’absentéisme soudain » de médecins « inscrits au planning et assignés » par la direction de l’hôpital, mais « s’étant déclarés en maladie », selon l’ARS de Bourgogne-Franche-Comté.

Jeudi matin, Mme Buzyn a pris ses distances avec un tel recours à la gendarmerie. « Evidemment, ce n’est pas souhaitable », a-t-elle affirmé, en rappelant qu’elle avait été « médecin hospitalier pendant 20 ans » et qu’il lui était « arrivé de faire grève ».

Mardi, elle avait au contraire critiqué le choix d’une quinzaine d’infirmiers et d’aides-soignants de l’équipe de nuit des urgences de l’hôpital parisien Lariboisière de se faire porter pâle la nuit précédente. « C’est dévoyer ce qu’est un arrêt maladie », avait-elle estimé.

« La situation est tellement dégradée que nous ne pouvons pas attendre au risque de voir les morts se succéder dans les salles d’attente », a lancé à la ministre François Braun, le président de l’association Samu-Urgences de France qui la recevait jeudi au congrès.

Le nombre de patients pris en charge aux urgences est passé de 10 millions en 1996 à 21 millions en 2016.

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