Urgences: rejoints par des médecins, les grévistes « ne lâchent rien »

PARIS, 26 septembre 2019 (AFP) – Après plus de six mois de mobilisation, les soignants des urgences en grève entendaient maintenir la pression jeudi en organisant des rassemblements un peu partout en France, rejoints par des organisations de médecins réclamant comme eux « plus de lits, plus de personnel et une valorisation salariale ».

Des revendications non satisfaites par le plan de « refondation » des urgences présenté le 9 septembre par la ministre de la Santé Agnès Buzyn, qui n’a pas permis d’enrayer ce mouvement inédit par sa durée et son ampleur.

Son initiateur, le collectif de paramédicaux (infirmiers, aide-soignants…) Inter-Urgences recensait mardi 260 sites en grève, soit plus de la moitié des structures publiques, à quelques jours de la présentation du projet de budget de la Sécurité sociale.

« Pour l’instant, on ne lâche rien », résume pour l’AFP l’une de ses membres, Corinne, aide-soignante qui participera au rassemblement prévu à 15H00 sur le parvis de l’Hôtel de Ville à Paris.

D’autres sont également organisés à Nancy, Saint-Quentin, Dijon, Toulouse, Brest ou encore Bordeaux.

A Valence dans la Drôme, dont les infirmières avaient lancé un clip à succès au mois de mars (« y a d’la colère dans le cathéter »), une quarantaine de manifestants se sont ainsi réunis dans la matinée devant les urgences du centre hospitalier, selon une participante.

« Localement, on n’a pas eu les renforts qu’on voulait, en particulier pour les aides-soignantes et l’accueil », regrette Virginie Turrel, une infirmière mobilisée depuis le début.

« On espère que l’appel du pied aux collègues des autres services va marcher », explique Corinne, dont le collectif, soutenu par l’intersyndicale Sud-CGT-FO, veut étendre la mobilisation à tout l’hôpital.

Les soignants pourront dans tous les cas compter sur l’association des médecins urgentistes de France (Amuf), qui a récemment rejoint la grève.

Comme elle, l’intersyndicale de praticiens hospitaliers APH soutient les actions prévues jeudi sans pour l’heure déposer de préavis. « C’est trop tôt », justifie son président Jacques Trévidic, qui envisage de rejoindre la mobilisation nationale prévue durant l’automne par le collectif et les syndicats.

– « Sauver » les hôpitaux –

Alors que « l’hôpital public est en train d’agoniser », l’APH réclame « un niveau de financement (…) en rupture avec la gestion par la pénurie en vigueur depuis dix ans ».

Sur la même ligne, plus de 2.300 professionnels de santé réunis au sein d’un « collectif inter-hôpitaux », dont 400 médecins chefs de service, ont appelé dimanche à la convocation d' »états généraux » devant mener à un « plan d’urgence » pour « sauver » les hôpitaux publics, où selon eux « la sécurité n’est plus assurée ».

Mais le gouvernement, qui présentera lundi le budget de la « Sécu », ne prévoit pas de rallonge budgétaire au-delà de la hausse prévue en santé.

D’où l’incrédulité des grévistes face aux 750 millions d’euros mis sur la table sur trois ans pour résoudre la crise des urgences mais qui s’inscrivent dans ce cadre budgétaire contraint.

Pour désengorger les services, dont la fréquentation a doublé en 20 ans, Mme Buzyn entend s’appuyer davantage sur la médecine libérale, le partage des tâches entre médecins et paramédicaux ou encore une meilleure gestion des lits disponibles.

« Dans tous les territoires où il apparaîtrait nécessaire », malgré ces mesures, « que des lits soient ouverts (…) nous le ferons » a-t-elle redit lors du lancement d’ateliers de mise en oeuvre de son plan, auxquels l’Amuf et l’Inter-Urgences regrettent de ne pas avoir été conviés.

Mais « il faut rouvrir des lits tout de suite sinon on n’arrivera à rien », assure le président de l’Amuf, Patrick Pelloux, par ailleurs très remonté contre la mesure la plus coûteuse du plan, le futur service d’accès aux soins ou SAS, qui vise à réguler les appels aux secours en ligne ou par téléphone 24 heures sur 24.

« On va mettre 340 millions (d’euros) à réinventer ce qui existe déjà » avec le Samu, a-t-il déploré.

Pendant ce temps, sur le terrain, les difficultés persistent, notamment en raison du manque de médecins urgentistes. En témoigne la fermeture nocturne depuis mardi et pour trois semaines des urgences de l’hôpital du Bailleul, dans la Sarthe, selon la presse.

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