Vallourec rejette la demande de soutien à la reprise d’Ascoval par Altifort

PARIS, 22 octobre 2018 (AFP) – A deux jours de la décision du tribunal de grande instance de Strasbourg qui doit se prononcer mercredi sur l’avenir de l’aciérie nordiste Ascoval, le groupe Vallourec a annoncé qu’il ne lui était « pas possible » d’apporter le soutien demandé par le candidat repreneur Altifort.

Vallourec a affirmé lundi que cette demande, qu’il chiffre à 51 millions d’euros, serait « contraire à la préservation des intérêts du groupe ».

Les réactions de colère n’ont pas tardé, tant du côté d’Altifort que des syndicats et des élus.

« C’est assez choquant, j’ai du mal à comprendre ces arguments », a déclaré à l’AFP le directeur général d’Altifort France, Bart Gruyaert. « C’est un gâchis industriel. Les salariés vont payer la mauvaise gestion de Vallourec », a-t-il ajouté.

« Vallourec vient d’annoncer qu’il ne soutiendrait pas le projet de reprise d’Ascoval. Qu’en dit l’État, actionnaire de Vallourec, et que propose-t-il ? », a tweeté le président de la région Hauts-de-France Xavier Bertrand.

La secrétaire d’État Agnès Pannier-Runacher se rendra mardi matin à Valenciennes où une réunion se tiendra « pour continuer les discussions sur la reprise de l’aciérie Ascoval » avec élus locaux, représentants du personnel d’Ascoval et dirigeants de Vallourec.

– Besoins de financement –

Créée en 1975 par Vallourec, l’aciérie de Saint-Saulve (Nord), près de Valenciennes, spécialisée dans les aciers spéciaux, est devenue Ascoval en 2017. Elle emploie 281 salariés.

Vallourec, dont l’État est actionnaire, en avait cédé 60% au groupe Asco Industries, en conservant 40% avec des engagements de commandes. Mais Asco Industries a été placé en liquidation en février et depuis, l’aciérie attend un repreneur.

Deux candidats se sont manifestés: le groupe iranien Boost qui a déposé une lettre d’intention et le groupe franco-belge spécialisé dans les matériaux spéciaux Altifort, qui a fait « une offre ferme ».

Selon le spécialiste des tubes sans soudure, accepter la demande d’Altifort le conduirait « à acheter à cette société son acier à des prix de plus de 30% supérieurs » à ses autres fournisseurs, « mettant en péril (ses) activités françaises et européennes ». Et ce, sur des activités confrontées depuis des années à « un contexte de marché extrêmement difficile ».

Vallourec doute en outre du plan de reprise proposé, estimant que ses « besoins de financement » ont été « largement sous-évalués » et « ne sont financés que pour une part minime par Altifort », le reste provenant « d’hypothétiques prêteurs et investisseurs ».

– « Gâchis industriel » –

Mais face au risque d’arrêt de l’usine, Vallourec se dit « pleinement conscient du désarroi des salariés d’Ascoval », et prêt à se mobiliser « pour favoriser leur reclassement ».

Pour le directeur général d’Altifort, en tout 1.000 emplois sont concernés, sous-traitants compris.

Altifort s’était engagé à investir à Saint-Saulve dans un train à fil, un projet qu’il financerait à hauteur de 140 millions d’euros, faisant selon lui passer les effectifs de 281 à 414 salariés.

Les syndicats ont exprimé leur colère à l’annonce de Vallourec.

Pour Nacim Bardi, représentant syndical CGT, « c’est un petit meurtre entre amis! ». « II y a eu pas mal de collusion entre l’État et Vallourec, qui n’ont fait que démonter un projet industriel solide. Tous les chiffrages avancés par Vallourec sont faux », a-t-il dit à l’AFP.

« On voyait très bien le petit jeu de Vallourec, les arrangements (du président du directoire de Vallourec) Philippe Crouzet avec ses anciens collègues du ministère », a réagi Bruno Kopczynski, porte-parole de la coordination, élu au CE (CFDT). « On est mort, on va être liquidé d’ici une petite semaine. C’est du dégoût. »

« Maintenant ils vont voir le vrai visage des aciéristes en colère, à partir de jeudi (…) La venue d’Emmanuel Macron à Maubeuge (en novembre) va être fêtée comme il se doit », a-t-il ajouté.

Pour le député PCF du Nord Fabien Roussel, « c’est inadmissible. C’est un gâchis industriel. C’est un scandale d’Etat ». « Je partage la colère des salariés », a-t-il dit, appelant l’Etat à « se donne(r) trois semaines pour monter au capital de Vallourec à hauteur de 33%, minorité de blocage » et redéfinir une « stratégie industrielle ».

Le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a promis dimanche sur France 3 de se battre jusqu’au bout » pour l’aciérie, qualifiant de « mensonge » les propos de Xavier Bertrand qui vendredi, avait accusé l’État de « préparer l’assassinat » de l’entreprise.

sbo-ref-jpa-rl/or